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 Un, deux, trois

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Kyle

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Messages : 122
Date d'inscription : 19/07/2009
Age : 28

MessageSujet: Un, deux, trois    Dim 7 Juil 2013 - 14:49

Spoiler:
 

Un bruit sonore retentit dans la pièce adjacente, les murs si fins qu’ils n’en masquèrent rien de l’intensité. Legan stoppa brusquement sa mélodie, fronça les sourcils avec agacement. Il s’agissait sans doute de son voisin, encore une fois. L’imbécile ne savait pas se faire tranquille, toujours à tout bombarder comme s’il apportait un ring de boxe au complet avec lui.

Quelques secondes passèrent en silence et Legan se risqua à déposer les doigts sur les touches du piano. Il tenta de retrouver l’esprit duquel il avait été tiré, mais ne fit qu’échapper une poignée de notes crispantes dans l’air lorsqu’une nouvelle secousse éclata depuis l’appartement voisin. Puis, d’une façon tout aussi mélodieuse, quelque chose sembla s’y effondrer dans une cascade de chocs sourds. Les lieux n’étaient pas géniaux de base, pas insonorisés le moins du monde, cependant il y avait quand même une limite au boucan qu’un individu seul pouvait faire.
Legan se leva de son banc, marcha jusqu’au mur (du carton, plutôt) qui le séparait de l’autre crétin et cogna avec force.

-Hey, imbécile! Arrête un peu les festivités, il y en a qui ont besoin de calme ici, lança-t-il avec virulence.

Il ignora de mauvaise foi sa conscience qui lui dictait qu’il n’était pas mieux à pratiquer de son piano à toute heure du jour et de la nuit dès qu’il ne travaillait pas. C’était à des fins créatives, lui, au moins. Pas comme l’autre qui tenait des fêtes de sadomasochisme en solitaire ou quelque chose du genre.
Aucune réponse ne lui vint. C’était un peu étrange en soi, car son voisin ne perdait généralement jamais une occasion pour venir s’engueuler avec lui. Legan fronça davantage les sourcils face à son mur. Il se pencha vers le petit trou qui se dessinait au travers du plâtre (un truc qu’il oubliait constamment de cloîtrer et que l’autre ne semblait pas avoir vraiment remarqué – ou peut-être s’en fichait-il tout simplement), mais ne réussit pas à apercevoir son voisin. Il vit que le lit défait à l’autre bout de la pièce, la commode aux tiroirs renversés au sol et…  Des coups s’abattirent contre le mur, le faisant vibrer sous le choc. Legan sursauta violemment.

-Hey!, s’écria-t-il de nouveau, énervé. Qu’est-ce que tu fiches, bon sang…

Il sortit dans le couloir, le parquet grinçant sous ses pas, et cogna cette fois directement sur la porte de l’appartement adjacent.

-Sors de là, il faut qu’on se parle une bonne fois pour toute!

Jouant sur son impulsion, Legan enclencha la poignée et, voyant qu’elle n’était pas verrouillée, ouvrit la porte en grand. Le spectacle qui l’accueillit le figea d’incrédulité.

Un type était échoué au beau milieu de la pièce, face contre terre parmi une mare d’objets et de vêtements échappés du mobilier renversé. Il avait le corps moulé en haute définition dans un costume bleuté, une combinaison qui lui disait vaguement quelque chose, mais qui était surtout déchirée en trois endroits sur l’étendue de son dos. Trois trous barbouillés d’un liquide écarlate reconnaissable entre mille. Legan glapit tout haut, enseveli d’une soudaine peur glacée. Il crut momentanément avoir affaire à un cadavre, un cadavre qui aurait été assassiné à coup de balles de fusil dans l’appartement à côté du sien. Puis, le corps tressauta et releva la tête. Il dévoila un visage partiellement recouvert d’un masque noir qui, de si près, se montra parfaitement identifiable pour Legan qui croisait l’individu à tous les jours.
C’était son voisin. Évidemment. La touffe de cheveux sans bon sens était d’un ridicule inversement proportionnel à sa subtilité.

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel?, fit Legan, interloqué. Tu…
-Super. Juste. Super, grogna l’autre en laissant retomber sa joue contre le sol. Comme si j’avais besoin de ça en prime.

En le voyant ainsi réagir, Legan s’agita, prenant le pas vers le téléphone suspendu au mur.

- Crois-moi, ce dont t’as besoin pour le moment c’est d’un foutu médecin, lança-t-il avec fébrilité. Et de la police. Parce que t’as des balles dans le dos. Des balles dans le dos, oh bordel.
-Non!

Le cri brusque de son voisin interrompit ses murmures effarés. Legan s’immobilisa, le combiné en main. Le type s’était à demi relevé et, ainsi éclairé par la lumière de l’aube, il pouvait voir avec netteté ses traits épuisés de douleur, sa peau luisante, ses muscles tremblants.

-N-Non, je t’en prie, ne fais pas ça, reprit-il, plus doucement. Je… Je ne peux pas aller à l’hôpital et je ne veux surtout pas la police ici.
- T’es complètement fou, répondit Legan. T’es dans un état horrible et… pourquoi au juste ne pourrais-tu pas voir la police ou, mieux encore, un médecin? Tu es en train de crever je te signale. Des balles dans le dos, ça te sonne une cloche?
- Parce que… attends une seconde. Tu… Tu ne me reconnais pas?
- Évidemment que je te reconnais; tu es mon crétin de voisin qui trafique visiblement des trucs vraiment louches dans le dos de la police. Ce qui est loin de me dissuader d’appeler les flics pour qu’ils te ramassent au passage d’ailleurs.
- Tu ne regardes pas la télé? Radio? Journaux? Internet même?
- Je travaille et je compose, voilà ce que je fais, coupa sèchement Legan.

Il pouvait voir malgré le masque recouvrant ses yeux du pur étonnement se marquer sur le visage de l’autre. L’expression avait peut-être cet air pratiquement niais, mais elle agaçait d’autant plus Legan qui n’aimait pas avoir le sentiment d’être le laissé pour compte de la situation.

-Et Shadow?, demanda alors son voisin.
- Shadow quoi?
- Oh, tu ne sais même pas qui est Shadow?

Legan croisa les bras pour le juger de toute l’ampleur de son mètre quatre-vingt-trois. Il ne comprenait rien à ce que l’autre lui racontait et il n’appréciait pas de rater ainsi le détail fondamental de la conversation.

-Est-ce que tu es en train de délirer de douleur ou tu as une raison pour crier « Shadow, Shadow » à tout va?
- Moi!, s’exclama inexplicablement l’allumé. Je parle de moi! Je suis Shadow!

Durant de longues secondes, les mots de l’autre ne firent pas plus de sens que les précédents. Puis, le déblocage; combinaison bleutée, longs gants blancs tachés de saleté, mystérieuse capacité à rester conscient et vivant malgré trois balles de fusil coincées dans son dos, Shadow-
Legan ouvrit les yeux en grands, s’écria :

-Blue Boy!
- SHADOW. C’est Shadow okay?, appuya l’autre avec un énervement évident. Bien sûr que toi, tu me connais sur mon surnom le plus stupide.
- C’est celui qui te va le mieux, répondit machinalement Legan, que la réalité n’avait pas encore frappé dans sa pleine mesure.

Il avait un super-héros comme voisin. Ce devait être l’une des plus grandes absurdités de sa vie jusqu’à ce jour. Son voisin chiant se révélait être Blue Boy, super-héros à quatre sous de New York, et s’appliquait maintenant à crever sur le plancher de son appartement. D’un autre côté, la chose était rassurante : il n’était pas un type poursuivi par des mafiosi ou encore, un tueur en série. Pour le moment, Legan pouvait ranger l’idée d’aller se planquer dans sa chambre et de feinter son éternelle absence. Quoique.

-Tu n’as pas de… comment vous dîtes déjà- ah, super-vilain à tes trousses, pas vrai?
- Sérieusement?
- Sérieusement. Je suis un « simple humain » moi. Pas le choix d’être prudent. Si je me prends trois balles dans le dos, je meurs.

Son voisin resta un moment silencieux, sa joue de retour contre le parquet, sans doute trop faible pour se soulever à bout de bras trop longtemps. Legan se demanda s’il avait réellement conscience de la différence qui s’opérait entre lui et le commun des mortels. Affalé ainsi sur le plancher, il avait l’air d’un gamin. Un gamin au terme d’une crise ayant saccagé l’entièreté de sa chambre et non pas d’un super-héros qui avait décidé de prendre le poids d’une ville sur ses épaules.

- Non je n’ai pas de super-vilain après moi, déclara presque piteusement son voisin.
- Okay, c’est bon à savoir. Mais dans ce cas, qu’est-ce qu’il s’est passé? Qu’est-ce que tu fiches comme ça et pourquoi tu ne disais rien quand je t’appelais?
- Eh bien… je ne voulais pas que tu saches que j’étais là…

Legan le fixa. L’autre ne le regardait pas, la tête résolument tournée vers le mur, sans doute rouge de gêne. Puis, il parla avant même que Legan ne puisse sortir l’une des mille répliques sarcastiques lui ayant traversé l’esprit.

-Oh c’est bon, je sais, c’était idiot.
-Très.
- Mais j’avais tout ce problème de super-héroïsme et d’identité secrète, tu vois…
- T’as surtout un triple problème dans le dos.
- Ça aussi, et justement, puisque mon secret est à l’eau, j’aurais définitivement besoin d’aide.

Par réflexe, Legan regarda autour de lui. Si, il était bien le seul individu présent et donc, le seul individu concerné par la demande. Aider. Ce crétin voulait de son aide maintenant. Après lui avoir dit de ne pas téléphoner ni à l’hôpital ni à la police.

-De l’aide?, répéta-t-il, désabusé. Tu refuses de voir un médecin! D’ailleurs, je ne comprendrais jamais comment tu fais pour être encore conscient et aussi cohérent avec trois balles dans le dos. En fait… comment t’as seulement pu te rendre dans cet appartement?

Son voisin lui jeta un regard au travers de son masque et Legan roula des yeux. Magie, pouvoir de super-héros. Stupidités. « Blue Boy » n’était pas aussi invulnérable qu’il voulait bien le paraitre puisqu’il se trouvait tout de même face contre terre à agoniser dans le moment présent.

-Je n’ai pas besoin d’un médecin, grommela le blessé et Legan cocha une nouvelle marque dans la catégorie « bête comme ses pieds ». J’ai juste besoin qu’on m’enlève ces trucs du dos. Les balles m’empêchent de me guérir complètement.

S’apprêtant à ouvrir la bouche sur une remarque quelconque, une vague glacée de compréhension s’abattit sur Legan et le dévia dans son élan. Il se mit à secouer la tête, ses yeux s’écarquillant comiquement.

- Non, non, non, non, il n’en est pas question. Si tu veux enlever ces balles, tu appelles un médecin.
-Je ne peux pas…
- Hors de question que je touche à ça. De un, je n’ai aucune qualification pour ce genre de choses et de deux, rien que de visualiser me donne envie de vomir.
- Oh allez, et tu penses que c’est une partie de plaisir pour moi?, fit l’imbécile cloué au sol. Je voudrais bien m’en occuper moi-même, mais j’ai découvert que tenter de bouger avec du plomb sous la peau n’était pas le truc le plus facile du monde. Je suis en train de crever mes dernières forces pour te supplier là!

Un silence tendu s’installa entre les deux jeunes hommes. Silence lourd, hésitant, signature de ces moments où l’on observe une chose posée en équilibre se balancer d’un côté et de l’autre en se demandant vers lequel elle allait finir par s’effondrer. Legan n’avait pas conscience de sa main qui s’était reposée sur le téléphone. La simple idée de devoir toucher à ses plaies de cette manière le révulsait au plus haut point. Cette réflexion devait bien se traduire sur son visage, car l’autre enchaina avec une voix de plus en plus désespérée :

- Tu sais que je ne peux pas téléphoner à un médecin, ce serait sans doute catastrophique si l’on découvrait ma véritable identité de cette manière! Je me ferais arrêter et mettre en prison ou…
- On aurait qu’à enlever ton costume?, suggéra Legan, une dernière fois. Il se sentait en train de faiblir, sur le point d’accepter.

La suggestion, à laquelle Shadow n’avait visiblement pas réfléchie, aussi évidente puisse-t-elle paraitre, le fit pauser.

- Je crois qu’on retrouverait facilement ma trace si j’allais voir un médecin, même nu comme un vers, dit-il enfin. C’est l’ère de la technologie, c’est pas pratique quand on vit dangereusement. Shadow est recherché déjà. Je pense qu’ils feraient le lien entre Shadow qui se pointe dans une boutique pour se faire tirer dessus et un garçon ayant étrangement un look semblable atterrissant à l’hôpital avec exactement les mêmes blessures. Peut-être que tout irait bien et personne ne me découvrirait, ajouta-t-il après une longue inspiration, épuisé. Peut-être. Mais peut-être qu’un jour, quelqu’un de dangereux s’intéressera d’un peu trop près à moi et saura exactement où fouiller pour découvrir qui je suis vraiment. Le truc c’est que je ne peux pas savoir. C’est un pari. Et j’aime mieux jouer prudemment.
- Okay. C’est bon, j’ai compris, s’agita Legan, soudainement ennuyé contre tout et rien : contre son voisin, contre les crétins qui l’avaient tiré, contre les hôpitaux et les policiers, contre lui-même et encore contre son voisin. Je te jure que ça va te coûter cher par contre. Tu viens de t’endetter pour un long moment.  

Le visage de l’autre –un gamin, vraiment, il n’y avait pas d’autres mots- s’éclaira d’un brillant sourire. Deux rangées de dents blanches bien droites, encadrées de jolies pommettes creusées. Une sensation particulière lui picota les mains, comme lorsque l’envie lui prenait de s’installer au piano. Le regard posé sur son voisin, Legan se surprit à regretter la présence du masque noir qui cachait les yeux du jeune homme à sa vue. Puis, ses pensées revinrent en bloc sur la très désagréable tâche à accomplir.

- Ah merde, je ne sais pas du tout pourquoi j’ai accepté, marmonna-t-il en se passant une main sur la figure. J’espère au moins que tu as une trousse de premiers soins ou sinon je crois que je reviens sur ma parole à l’instant. Pas question que je fasse ça avec des ustensiles de cuisine.
- Si, t’inquiète pas, grimaça son vis-à-vis. J’ai même des gants quelque part dans ce fouillis. Qu’est-ce que tu crois que je cherchais en faisant tout ce boucan?
- Ton bon sens et ta logique, rétorqua Legan, déjà accroupi parmi les vestiges de la chambre.

Il ignora le rire sarcastique que l’autre lui envoya. Si celui-ci voulait l’obliger à s’enquérir d’une pareille besogne, alors il allait la fermer et subir. Bien vite, Legan se redressa avec la trousse en main. Un rapide coup d’œil lui confirma qu’elle contenait à peu près tout le nécessaire et non pas seulement de petits ciseaux et une poignée de pansements bon marché. Ses derniers cours de premiers soins se faisaient lointains. Toutefois, rien dans ceux-ci ne l’avaient jamais préparé à retirer trois balles fichées dans le dos d’une autre personne.

Legan dirigea son regard sur la silhouette étendue du voisin. Il n’arrivait plus à se souvenir de son nom, de son nom réel. (Shadow, Shadow, non mais qui se donnait un titre pareil en toute dignité?) En se forçant à dévier légèrement ses pensées, Legan combattait encore une fois une puissante envie de tout foutre en l’air pour aller se réfugier dans son appartement. Par contre, s’il fuyait, rien ne garantissait que le type n’allait pas réussir à se soigner tout seul au bout d’un moment -qui pouvait savoir, lorsqu’il s’agissait de foutus super-héros  après tout?- et qu’il ne reviendrait pas par la suite pour attraper Legan par la peau du cou et se venger de l’avoir laissé pourrir là. Legan ne souhaitait pas particulièrement devenir la raison de la naissance d’un super-vilain, aussi il se força à déposer la trousse pour enfiler d’abord les gants.

- J’espère pour toi que tes outils sont stériles ou à peu près, lança Legan en étalant sur un linge, pinces, ciseaux, scalpel, aiguille et bandages. Je n’aimerais pas avoir à tester ton invulnérabilité comme ça…
- À peu près, répondit le concerné. Mais ça devrait aller.

Sa voix avait baissé d’un cran et à y tendre l’oreille, sa respiration se faisait de plus en plus laborieuse. Sans doute l’altercation l’avait-elle épuisé davantage. Il perdait le peu de force qu’il lui restait.

- Hey, reste avec moi, dit Legan, plus doucement. J’ai besoin de toi conscient ou sinon, je vais peut-être te couper un bras par inadvertance.

« Shadow » lâcha un rire sifflant, cacha sa figure contre le plancher. Malgré lui, Legan fut gagné d’un fugace sourire en coin. Il enchaina :

-Okay, où veux-tu… faire tout ça?

Le problème avec le fait d’habiter dans un appartement qui était basiquement une chambre, un salon, une cuisine et une salle à manger fusionnés en une pièce était le flagrant manque d’espace. La commode jetée au sol bloquait le passage vers le lit et le petit canapé rapiécé ne semblait pas suffisamment spacieux pour le contenir sur tout son long. Aussi, Legan s’imaginait très mal trainer le super-héros jusqu’à l’un ou l’autre sans l’assommer de douleur.

- Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée de me déplacer pour le moment, répondit celui-ci avec une seconde grimace. Si tu pouvais m’apporter mon oreiller par contre…

Hochant la tête, Legan obtempéra. Il commençait à se sentir réellement nerveux et peut-être un peu trop responsable de la situation à son goût. Et il n’avait même pas encore débuté. Prenant une bonne inspiration, Legan attrapa délicatement un coin déchiré du costume et glissa la paire de ciseau entre la peau et le tissu.

- Désolé pour le costume, fit-il en se mettant à découper. Tu vas devoir en commander un autre à ta grand-mère.
- Fallait bien que je m’y attende un jour ou l’autre. C’est moche pour le budget.
- Sérieusement, tu devrais songer à investir dans un bon costume résistant. Je ne sais pas où tu t’approvisionnes, mais si j’étais toi, j’essayerais de songer un peu plus aux détails pour éviter, tu sais, de saigner jusqu’à en mourir sur le plancher de mon appartement. Pour éviter aussi d’obliger mon voisin à faire une besogne si dégueulasse.

Le super-héros fut secoué d’un nouveau rire qui le fit bientôt glapir de douleur.

-Reste tranquille ou tu vas te faire cisailler la peau, le prévint Legan.
- C’est de ta faute, répondit l’autre, la voix pâteuse. Tu me fais rire.
- Il faut bien que je te garde avec moi. Et puis, « ma faute » hein? Qui est-ce qui s’est écrasé sur son plancher avec…
- Oh c’est bon, le monde entier a compris le message.

Le blessé reposait sa tête entre ses bras et Legan pouvait deviner qu’il se faisait violence pour ne pas se laisser aller à la douloureuse torpeur qui l’envahissait. L’épuisement de l’effort et de la souffrance le tirait vers un sommeil comateux. Legan ignorait la procédure à suivre dans un pareil cas, mais il se disait qu’il fallait mieux éviter que l’autre ne s’endorme. Il se creusa la tête et se mit à parler, glissant à haute voix les commentaires qu’il gardait normalement en musique de fond pour lui-même. Sa voix lui donnerait au moins un point sur lequel s’accrocher pour ne pas basculer dans l’inconscience. Et Legan aussi avait bien besoin de se distraire du plein focus sur sa tâche.  

- Regarde-moi ça. Ton costume se défait bien trop facilement. Un costume de super-héros qui peut se découper avec une simple paire de ciseaux n’est clairement bon à rien. De la mauvaise protection en plus d’être un choix esthétique douteux. Tu devrais penser à une protection anti-balles. Le mieux serait sûrement de balancer aux poubelles la combinaison en lycra et d’opter pour quelque chose comme une armure qui serait vraiment utile. Parce que je t’avoue que j’ai de la difficulté à croire en l’efficacité du costume une-pièce moulant traditionnel. Attention, je désinfecte, lança soudainement Legan.

Son voisin se contenta de prendre une bonne inspiration et subit le traitement les dents serrées, avec une rigidité presque surnaturelle. Legan acheva de nettoyer les plaies. La corbeille rapprochée jusqu’à ses pieds, il y jeta les lingettes enduites de sang séché. Les trois trous étaient maintenant nets : deux d’entre eux présentaient le plomb de la balle à un niveau visible et le troisième exigerait de creuser un peu. Perspective splendide.

- Bon… Ça y est. J’arrive pas à croire que je vais faire ça pour de vrai, marmonna Legan avec tout le dégoût dont il était capable. Finissons-en vite.
- Attends une seconde, l’interrompit l’autre. Avant que tu me découpes la peau, je trouverais ça bien d’avoir un nom après qui jurer.

Pris de court, Legan le regarda sans comprendre. Il voulait faire les présentations à un moment pareil? On pouvait difficilement faire un pire timing pour se serrer la main. Ou alors, c’était de la mauvaise drague. Lequel cas, le timing serait encore plus horrible.

- C’est Legan Thomas, fit-il simplement.

Il laissa volontairement passer l’opportunité de lancer un sous-entendu grivois (non mais « un nom après qui jurer », ça aurait été si facile), car il ne sentait pas le cœur de dire des trucs du genre avec un scalpel entre les mains.

- Et le tien, que je sache qui maudire pour les dix prochaines années?
- C’est probablement une très mauvaise idée de donner mon nom comme ça, murmura son voisin. Mais puisque je te l’ai demandé en premier…  Je m’appelle Kyle.
- Eh bien, enchanté Kyle. Je te conseille de serrer les dents parce que la suite pourrait être douloureuse.

Legan s’attaqua à la première plaie en fermant de moitié les yeux. La peau reluisait de sueur, mortellement pâle et parcourue de frissons. Kyle resta silencieux lorsque le scalpel s’enfonça dans sa chair, relâchant à peine une respiration tressaillante. En rétrospective, après s’être ainsi reçu des coups de feu, une coupure au scalpel passait sans doute avec facilité. Legan ne savait pas trop comment procéder, jusqu’à quel point il devait enfoncer le couteau et à quel moment il devenait pertinent d’échanger pour les pinces. Il voyait le sang jaillir à la surface, déborder de la plaie, maquillant le peu de sa progression et sentait l’écoeurement le prendre à la gorge.

- Te soucie pas de faire ça proprement, dit la voix essoufflée de Kyle. Contente-toi de m’ôter ces trucs du dos. Je vais m’occuper du reste.
- Facile à dire, crétin.

Malgré tout, les doigts de Legan se resserrèrent sur le manche et son prochain mouvement se fit plus franc. Glissant avec une aisance déconcertante, la lame se faufila autour de la balle, creusant et creusant pour la décoller de la chair qui s’y était soudée. On aurait dit un processus de cicatrisation interrompu.

- Tu as de la chance que les balles n’aient pas éclaté dans ton dos. Là, tu aurais dû m’oublier et te ramener à l’hôpital, identité secrète ou non. Déjà que je n’en reviens pas, d’à quel point je suis sous-qualifié pour faire ce que je suis en train de faire… Oh merde, grogna Legan, s’interrompant lui-même. Je n’ai pas de linge pour éponger le sang.
-Fais juste. Prendre un truc qui traine au sol, je m’en fiche, marmonna Kyle en réponse.
- Ah, puisqu’on en est rendus là… Je prends le t-shirt bleu, okay? Il est troué de toute façon.
- Il est troué parce que c’est un de mes préférés.

Legan murmura un « la ferme » mi-agacé, mi-amusé, puis en revint à sa répugnante tâche en essuyant le sang de la plaie. Ce n’était pas le moins du monde hygiénique; Legan pouvait juste espérer pour Kyle que ses superpouvoirs allaient être suffisants pour le sauver d’une éventuelle infection. Il passa du scalpel aux pinces, déglutit. Le corps de Kyle eut un brusque sursaut lorsque les pinces pénétrèrent sa peau, aussi Legan dut appuyer sa main libre sur son dos pour le stabiliser. Lentement, il commença à tirer le bout de métal hors de la blessure. Kyle cria de douleur, un son soudain, sonore, qui figea Legan d’effarement. C’était la première fois qu’il tirait quelque chose de sa bouche enclenchée.

- C’est bon, t’arrête pas, grinça Kyle, avec efforts.

Legan jura, de plus en plus persuadé de la folie de l’autre. Il retira d’un geste la balle de son trou. Un coulis de sang remonta à la surface, dégoulina en de minces tentacules sur la peau blanche de Kyle. Celui-ci étouffa un violent cri contre son bras. Il tremblait et respirait fort et la plaie n’arrêtait pas de saigner.

-Bon sang, tu es sûr que… Pourquoi est-ce que ça saigne autant?
- La ferme, j’ai besoin d’une seconde pour…

Kyle suspendit sa phrase, son souffle grimpant petit à petit en un rythme déraillé. Immobile, les yeux glués sur le dos peint de rouge, Legan observa le trou se refermer lentement de lui-même, tout comme si quelqu’un avait fait une avance rapide sur le temps de guérison. Sur le coup de la surprise, les pinces lui échappèrent des mains et glissèrent au sol, traçant une ligne écarlate sur le parquet vieilli. Legan poussa un juron.

- C’est ça que tu voulais dire par « je peux m’occuper du reste moi-même »?, fit-il en repêchant l’outil. Tu peux te…  « réparer » tout seul?
- Me « réparer »? Je suis pas une machine non plus, hé.
- Peut-être pas, mais je te ferais remarquer que ce n’est pas très humain quand même.

Kyle échappa un autre rire bref.

-T’es direct…

La blessure prit un long moment à se ressouder entièrement. Legan assista à toute la scène avec une morbide fascination. Il avait la vague impression d’être spectateur de quelque chose de très intime. Son voisin était faiseur de miracles.

- Tu me dis quand tu es prêt pour la suite, dit-il avec une nouvelle hésitation.
-Est-ce qu’il y a une cicatrice?, demande Kyle après quelques secondes.

Legan répondit par l’affirmative. À l’endroit de l’impact, la peau était bosselée, d’un rose méchant, tracée comme une petite étoile au-dessous de son omoplate.

- Ah tant pis, soupira Kyle. Je m’en occuperai plus tard. Continue avant que je n’ai plus aucune force.

La suivante se délogea facilement. Legan n’eut même pas besoin de toucher au scalpel. L’incroyable processus de guérison se répéta, un peu plus rapidement cette fois. Combien de fois « Shadow » s’était-il fait tirer ainsi? Combien de fois avait-il dû se « réparer » de cette façon, tout seul assis au milieu du plancher de son appartement? Sa trousse de premiers soins avait l’air pratiquement neuve. Visiblement, il n’avait pas non plus songé à l’éventualité où il lui serait impossible de se suffire à lui-même . Comme en ce moment précis. Qu’aurait-il fait si Legan n’était jamais venu? Il aurait agonisé au sol jusqu’à ce que le proprio vienne réclamer le loyer du mois? Il serait mort au bout de ses blessures, à jamais incapable de les refermer? Devenir super-héros semblait définitivement être l’un des choix de carrière les plus stupides et pénibles que quelqu’un puisse faire.
Et à cause de cet imbécile de tête brûlée, Legan avait présentement du sang sur les mains. (Il portait peut-être des gants, mais l’image s’appliquait malgré tout.)

- Tu peux y aller avec la troisième, marmonna Kyle, finalement.

Son ton était de plus en plus pâteux, son dos couvert de filets de sueur mélangés à certains endroits à des trainées rougeâtres. Il était au bout du rouleau. Legan aurait bien voulu lui suggérer de prendre une pause, mais ce n’était pas ce qui allait l’aider au final. Puis, ils avaient tous les deux très hâte que cette horreur se termine enfin.

- Je vais devoir creuser un peu pour celle-là, dit Legan. Je la vois à peine dans la blessure. Si tu te sens partant pour me distraire, te gêne pas. Je me sens vaguement sur le bord d’être malade comme c’est là.
- Je pourrais chanter quelque chose, mais ma voix est un peu rouillée pardon, fit l’autre, écrasé dans son oreiller, si bien que Legan faillit rater la remarque.

Un sourire le gagna, plus franc cette fois. Involontaire, surprenant.

- Pour t’avoir entendu chanter dans ta douche à des moments comme trois heures du matin, je suis heureux de pouvoir m’en passer.
- Hahaha, et merde, ces apparts sont vraiment miteux…
- Mais non voyons. J’ai choisi le mien de plein gré pour son excellente décoration intérieure.
- C’est bon avec le sarcasme, je commence à me sentir persécuté.
- Ça ne peut pas être pire que les trois balles dans ton dos.
- Enfonce le scalpel, Legan.
- Je te jure que plus jamais, jamais personne n’aura l’occasion de me donner un ordre pareil, grogna Legan en s’exécutant malgré tout.

Le rire que poussa Kyle fut de sitôt étranglé par une exclamation de douleur. Au fur et à mesure qu’il s’épuisait, sa tolérance pour la souffrance semblait diminuer. Son corps tout entier était sûrement à vif. En y réfléchissant, peut-être était-ce l’une des blessures les plus graves qu’avait éprouvé Shadow jusqu’à ce jour. Legan triturait la question depuis un certain moment, retenu par il ne savait trop quoi. Lui et son voisin ne s’étaient jamais réellement parlé auparavant, excepté pour s’engueuler au travers de leurs murs de carton. Puis, soudainement, ils se voyaient projetés dans une terrible proximité. Legan trouvait toujours que son voisin était un imbécile bruyant –d’autant plus maintenant qu’il savait qu’il était Blue Boy- et par la suite, il ne cesserait pas de le traiter en imbécile parasitaire. Par contre, à l’instant présent, ils étaient comme en trêve, une étrange trêve qui se coincerait à tout jamais entre le jour et la nuit, au creux de la lumière de l’aube qui ensevelissait peu à peu l’appartement.

- Est-ce que tu as déjà été blessé comme ça?, demanda Legan, la voix plus basse.
- C’est la première fois que je me fais tirer dessus, répondit Kyle. À l’avenir, je vais essayer d’éviter.
- Change de métier. Devient un policier. Tu pourras continuer de sauver la veuve et l’orphelin. Avec un gilet pare-balles.

Le super-héros ne dit rien, se contenta de frémir un peu, peut-être de rire, peut-être de douleur ou des deux mélangés. Le troisième trou avait l’air d’un champ de bataille ravagé, couvert de sang et de coupures maladroites, la balle à peine visible au fond. Legan devait sporadiquement essuyer la peau avec le t-shirt pour dégager la plaie. Il enfonçait ensuite le scalpel, de plus en plus profondément, tirant à chaque fois un sifflement aigu entre les dents serrées de Kyle.

- Tu…tu y arrives?
- Pas encore. Tiens le coup, c’est presque fini.

Enfin, il vit reluire le métal de la balle. La peau du blessé ne cessait plus de frissonner, complètement à bout. Legan faillit amener sa main jusqu’aux cheveux détrempés pour les dégager de sa nuque et le rafraîchir un peu, mais ses gants étaient enduits de sang et il s’arrêta à mi-chemin. Kyle aurait besoin d’une douche en tous les cas, cependant, Legan ne put se résoudre à lui toucher les cheveux. Il y avait quelque chose de définitivement morbide à étendre le sang de quelqu’un sur sa propre tête. Puis, le geste aurait été drôlement intime, peut-être un peu plus que nécessaire.

- C’est bon, je la vois, murmura Legan. Je prends les pinces. On y est presque.
- Je crois que je commence à perdre un peu trop de sang, fit Kyle. J’ai la tête qui tourne. Pas mal.
- Tiens le coup, Kyle. On y est, je te dis. Tu vas pouvoir te guérir après. Comme pour les deux autres.

Legan ne savait plus qui exactement il essayait de rassurer. Il était devenu trop responsable depuis un bon moment, trop impliqué, et le stress le gagnait, rendait ses gestes plus fébriles et moins sûrs. Il commençait à avoir peur aussi, peur que Kyle ferme les yeux et ne se réveille plus. C’était comme si, soudainement, il réalisait à quel point le garçon étalé sur la plancher de l’appartement était mal en point. Comme s’il réalisait la gravité du tableau; ce gamin à la peau pâle et tremblante, à la respiration forte et sifflante, recouvert d’une sueur écarlate, qui lui disait de continuer à l’écorcher.

-T’es mieux de rester avec moi, grommela alors Legan en glissant les pinces à l’intérieur du trou. Tu es mieux parce que sinon j’aurai fait tout ça pour rien.

Ils étaient au bout de la ligne et comme toute bonne course, les derniers mètres étaient les plus affolants.

- Oh mon dieu, je l’ai, éclata alors Legan.

Les pinces empoignèrent la balle, la tirèrent lentement vers l’extérieur. Kyle gémit, grogna, puis cria, cria, cria, s’étouffant entre des sanglots involontaires et son propre souffle erratique. Du sang jaillit abondamment, la balle déformée heurtant sans doute tout le contour mal tranché de la plaie, mais Legan se força à continuer jusqu’au bout, à la retirer d’un seul geste final.

Ils poussèrent de concert une longue expiration éreintée. Legan laissa tomber la balle sur la serviette, l’observa rouler en place avec les deux autres. Banals bouts de métal d’une dimension quasi-ridicule et voilà qu’un super-héros se retrouvait foutu par terre. Mais merde, ils les avaient eues, les salopes. Il retira tant bien que mal ses gants dont les doigts étaient devenus brunâtres. Puis, Legan se laissa lourdement tomber aux côtés de Kyle, non sans avoir au préalable jeté un œil pour voir si le coin était dégagé de traces de sang. Son travail était fini et plus jamais il ne recommencerait.

-Si tu reviens me voir avec une autre demande du genre, je vais gentiment te lancer par la fenêtre.

Aucune réponse. Legan tourna la tête vers Kyle, pris d’une soudaine inquiétude. Le corps tremblait toujours férocement; il n’était ni mort ni inconscient. Depuis sa position, Legan pouvait voir une parcelle du visage de l’autre, les veines battre sur ses tempes, les mains se crisper sur son oreiller au prix du dernier effort qu’il accomplissait pour se soigner. Puis, Kyle se relâcha entièrement. Tout son être sembla se fondre dans le plancher, mou et sans plus aucune trace d’énergie. Il gémit, de soulagement et de douleur, fini, fini, fini.

- Oh seigneur. C’était horrible.
- À qui le dis-tu. Et tu me remercies même pas? C’est la pire job que je n’ai jamais accomplie.  
- Merci, souffla Kyle avec une évidente sincérité.

Legan reporta les yeux au plafond, histoire d’éviter de croiser le regard sombre. Il se sentait déjà trop à nu pour l’affronter et ce, même s’il était partiellement masqué. Il entendit la voix faiblarde de Kyle ajouter :

- Maintenant, laisse-moi me transformer en poussière pour que je n’aie plus jamais à me relever.
- Je te proposerais bien de te bouger sur ton lit mais… Je me sens vidé de mes forces et j’ai juste tenu un scalpel.
- Plus tard. C’est pas grave. J’ai mon oreiller, je peux tenir le coup.

Le silence s’étendit sur leurs silhouettes épuisées. La respiration de Kyle s’était calmée; son corps, bien qu’encore détrempé, se soulevait paisiblement. Il était retourné cacher sa tête dans son oreiller, déjà sur le point de s’endormir. Le soleil entrait dans la pièce au travers de la fenêtre sans rideau, inondant les lieux d’une lumière trop vive. Tout près de Kyle, leurs épaules se touchant presque, Legan ne se sentait pas capable de bouger non plus. Il était cloué au sol, la tête sur le plancher trop dur, oscillant entre le sommeil et l’éveil de l’insomniaque. Il fixait le plafond.

- Hey, dit-il de longues minutes plus tard.

La réponse fut lente à venir. Il crut l’espace d’un instant que Kyle avait sombré dans le sommeil. Puis, un petit grognement, écrasé contre l’oreiller, s’éleva :

- Hm?

Legan réalisa qu’il n’avait absolument rien à dire. Il l’avait interpellé avec quelque chose en tête, mais cette chose qui lui avait semblé pertinente durant une courte seconde venait de s’évaporer à son esprit. Stupidement, ironiquement, Legan ne voulait seulement pas…

- Quoi?, fit Kyle, plus fort, un œil curieux ouvert au-dessus de son oreiller.

Son regard était pratiquement noir, enveloppé par sa pupille dilatée. Il reflétait toute la lumière du matin comme la surface polie d’un lac d’encre. Legan se frotta les mains, entrecroisa les doigts, les décroisa pour mimer sur sa cuisse une portée de notes.

- Je prépare… un truc, répondit finalement Legan. Une composition personnelle.  
- Je sais, je t’entends souvent, murmura Kyle, son œil plissé avec un sourire caché.
- Ouais. Le jour, je travaille. C’est pour ça que je dois pratiquer la nuit. C’est souvent autour de l’aube que je me sens le plus inspiré.
- Comme en ce moment?

Legan pausa, les doigts suspendus au-dessus de sa jambe. Répondit par l’affirmative et reprit son morceau imaginaire.

- Okay, dit Kyle.
- Je vise Broadway, avoua d’un coup Legan, sans trop savoir pourquoi.

Kyle repoussa sa tête de l’oreiller pour le regarder. Son toupet était plaqué contre son front alors que le reste de ses cheveux se dressaient comme si une rave y avait eu lieu. Il avait l’air d’un clown échevelé avec son masque noir sur les yeux, ses traits comiquement écarquillés. Legan se surprit à rire.

- Broadway? Wow. C’est tout un rêve.
- Je sais. C’est moins fou que de devenir un super-héros, je me dis qu’il y a au moins ça.
- Ha-ha, fit Kyle en essayant de cacher son amusement qui était bien réel.  

Legan laissa doucement retomber son bras contre le sol. Il souriait, discrètement, un coin de sa bouche relevé. Peut-être Kyle faisait-il de même, avec son sourire blanc et ses pommettes enfouis dans son oreiller. Il pouvait l’imaginer, ce gamin de vingt ans aux trois vilaines cicatrices peintes dans son dos, riant secrètement contre le plancher froid de son appartement.
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