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 La Paume: Nous aussi avons une voix.

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Ariel

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Date d'inscription : 20/09/2011
Age : 28
Localisation : Plateau Mont-Royal

MessageSujet: La Paume: Nous aussi avons une voix.   Sam 22 Mar 2014 - 21:19

PARTIE 1 - LA FORMATION DE LA PAUME

???. Date inconnue, heure inconnue.

Je ne sais pas, je ne saurais que dire. D'où cette idée m'était venue. Elle m'était apparue un beau matin. Je me suis réveillée, et elle était là. Cela m'a semblé si naturel. Alors, j'ai envoyé des invitations. Non, bien sûr que non, je ne voulais pas leur faire du mal. J'ai bien vu qu'ils souffraient en silence. Ils avaient besoin de quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui n'était pas un membre de leurs familles, un de leurs soi-disant amis. Ils avaient besoin d'une figure sécure d'attachement, une voix sans visage pour les guider. Ne vous imaginez pas que j'ai décidé de faire ça pour des idéaux de grandeur! Je les ai choisis pour une raison, chacun d'entre eux. Je savais qu'ils avaient tous un petit quelque chose à apporter. La paume n'est pas une idiote! Elle n'aurait pas ramassé le premier venu! On avais tous un point commun, quelque chose qui nous unissait; je n'avais aucun doute là-dessus. Je n'aurais jamais cru  avoir le génie nécessaire pour mettre en place un truc du genre avant.  Non, je n'ai aucun doute sur mon intelligence. Je manquais simplement de ressources et de motivation. Et il y avait tellement de trucs à prendre en considération, cela demandait de meilleures compétences sociales que prévues, j'aurais pu me planter à plusieurs reprises.

Comment? Des regrets?

Non, mon cher. Aucun.


Ariel Savary. 7 Octobre 2007, 7:00.

-Sing us a song you're the piano man!

Ariel Savary ouvrit rapidement les yeux, puis les cligna violemment à plusieurs reprises dans l'espoir de faire partir son mal de tête matinal. Son IPod, qui scandait à plein volume la célèbre chanson de Billy Joel, l'avait réveillé à sept heures tapantes pour qu'il puisse avoir assez de temps pour se préparer pour l'école.

-We're all in the mood for a melody, and you've got us feeling alright!

Ariel se leva d'un bond avant d'éteindre rapidement l'alarme. Il aimait sortir du lit de cette façon, ça lui donnait l'impression d'avoir un semblant de contrôle sur sa vie. Comme chaque matin, il se sentait terriblement mal, et c'était grâce à des petits trucs d'apparence anodine comme cela qu'il pouvait affronter ses débuts de journées avec un semblant de sourire.

Si on lui posait la question, le blond aurait de la difficulté à expliquer pourquoi les matins étaient si pénibles pour lui, mais faute de mieux, il ressortirait probablement un truc bien plus dramatique que nécessaire, une phrase semblable à «C'est le moment de la journée où la conscience de mon existence me frappe de plein fouet», mais ce ne serait pas la bonne explication. Ariel aurait pu tenter de l'expliquer par les émotions qu'il ressentait à ce moment là de la journée: le sentiment d'être pris au piège de son propre corps lorsqu'il se réveillait le matin, comme s'il était ligoté par des cordes autour de ses jambes et de ses poignets; la peur de se regarder dans le miroir par crainte que ses pensées soient affichées en grosses lettres noires sur son visage; la sensation d'accumulation des tâches et des responsabilités qui commençait à se faire à l'intérieur de son cerveau une fois éveillé; l'angoisse irréelle qu'il ressentait lorsqu'il sentait ses cheveux lui coller au visage et l'envie irrépressible de les arranger au plus vite et ce, même s'ils étaient dans un état tout à fait acceptable.

Ariel aurait pu tenter d'expliquer tout ça, mais après s'être fait regarder bizarrement à maintes reprises et s'être fait traiter de freak, il avait préféré arrêter d'essayer. Il ne voulait pas s'ajouter de stress supplémentaire pour rien. Il savait que la plupart de ses sentiments de crainte n'étaient pas fondés de toute façon: ses cheveux n'allaient pas l'attaquer et il n'y avait aucune raison pour qu'il se réveille avec des mots écrits sur la figure. Par contre, ça ne rendait pas ses émotions moins réelles.

Le blond s'empara des vêtements soigneusement pliés sur sa commode, qu'il avait présélectionnés la veille avant de se coucher comme à l'habitude. Les choisir pouvait lui prendre un certain temps parfois, c'est pourquoi il préférait le faire le jour d'avant, voir préparer ses ensembles pour toute la semaine en avance si nécessaire. Les sourcils froncés, Ariel fixa sa chemise du jour un moment. Il était supposé en porter une blanche aujourd'hui. Il possédait trois chemises blanches identiques et c'était celles qu'il portait le plus souvent. C'était probablement étrange, mais Ariel aimait mettre ces chemises plus que les autres et ce n'était pas parce qu'il les trouvait nécessairement plus jolies ou confortables. Son collège privé n'avait pas d'uniforme fixe à l'exception du port obligatoire de «vêtements propres», ce qui était plutôt spécial, et il aurait facilement pu porter autre chose.

Ariel aimait les textures et les couleurs, ce n'était donc pas l'envie de diversité qui lui manquait. Il était tout simplement incapable de se trouver des vêtements dans lesquels il était aussi à l'aise avec lui-même que les chemises blanches. Sa mère devait être découragée parfois quand elle le voyait faire son lavage et arriver avec une autre chemise identique.

Ariel détacha finalement son regard de la chemise pour le fixer sur l'armoire à-côté de celle où il avait pris ses vêtements; il savait que derrière la porte, il y avait une chemise de couleur vert aqua fort jolie que son oncle Hans lui avait offerte l'an dernier pour sa fête. Or, il ne l'avait toujours pas portée un jour d'école. Et pourtant, le vêtement lui allait comme un gant et Ariel se sentait bien quand il le portait. Malgré cela, il ne pourrait jamais la mettre pour sortir de chez lui.

C'était probablement ça qui clochait. Elle lui allait trop bien. Les chemises blanches avaient une texture un peu rêche; c'était familier, sécurisant.

L'adolescent soupira; il perdait de précieuses minutes de préparation matinale avec son monologue interne sur les chemises. Frustré envers lui-même, il ferma les yeux pour ne plus regarder son armoire et fila prendre sa douche avant de perdre plus de temps.

Isabelle Ducharme. 7 Octobre 2007, 7:32.

«Vous avez un appel manqué.»

-Oooh!

Isabelle laissa un gémissement frustré s'échapper de ses lèvres, ayant un mauvais pressentiment quant à l'identité de la personne qui venait d'essayer d'appeler sur son téléphone. Elle s'empressa de terminer la tâche qu'elle avait entamée (faire son lit) avant de monter à l'étage pour avoir accès au réseau de la maison. Après avoir grimpé les escaliers en catastrophe, elle pianota frénétiquement le numéro auquel elle s'attendait (elle ne pouvait malheureusement pas se permettre un afficheur avec son budget).

-Oui bonjour mademoiselle Ducharme, je venais justement de vous appeler.

Isabelle sentit son cœur se serrer. C'était exactement ce qu'elle redoutait. L'adolescente pris une grande inspiration avant de répondre.

-Bonjour monsieur Lemay. Vous avez des nouvelles sur ma proposition?

-Oui.

Son interlocuteur fit une courte pause après ce mot, laissant échapper un soupir désolé qu'Isabelle pouvait entendre de l'autre bout de la ligne. Son sang se figea, la main crispée sur le petit appareil électronique. Finalement, il repris parole.

-Je suis désolé mademoiselle, je n'ai pas le choix de couper la plupart de vos heures et de vous reléguer au poste d'assistante à partir de maintenant. Vous voyez, travailler à l'accueil d'un poste de police, même si aucune tâche qui vous est demandée ne nécessite de compétence policière en tant que tel, est un emploi sérieux. Je sais que le domaine vous intéresse, mais on préfère offrir l'emploi à un jeune adulte qui a déjà entamé un diplôme et qui a des heures de disponibilités plus flexibles. Nous voulions également que la personne à l'accueil puisse répondre au téléphone et vous n'étiez malheureusement pas qualifiée étant une adolescente non diplômée.

Elle le savait! Son employeur l'avait reléguée! Isabelle expira, reprenant rapidement son calme. Elle avait envisagé cette possibilité, elle pouvait passer à travers. Elle pouvait passer à travers de tout. Cela n'annulait pas sa frustration pour autant.

Elle avait besoin de cet emploi! Avec son père alcoolique, sa mère dépressive et sa petite sœur dépendante, Isabelle sentait constamment le poids des responsabilités qui lui retombait sur les épaules. Sa mère était en congé de maladie pour une durée indéfinie depuis presque un an maintenant, et bien qu'elle soit protégée par les assurances, il y avait d'autres coûts liés à ça qui entraient en ligne de compte. Son père risquait de se faire virer si la gravité de son problème d'alcool finissait par être découverte par son employeur. Sa sœur était parfois trop paralysée par son angoisse pour fonctionner par elle-même et elle avait besoin de l'aide d'Isabelle, autant sur le plan émotionnel que pour les petits trucs de tous les jours. Avant, Isabelle devait souvent la forcer à aller prendre l'autobus contre son gré. Marjorie avait fait du progrès sur ce plan depuis, mais certains matins étaient quand même plus difficiles que d'autres.

L'adolescente payait également son contrat de téléphone avec sa propre paye, cette soudaine coupure de budget allait devoir la forcer à faire des choix. Elle aurait voulu crier à monsieur Lemay que c'était injuste, qu'elle prenait son emploi à cœur et qu'elle était passionnée par celui-ci malgré qu'il soit plutôt simple, que son étudiant en techniques policières avait moins besoin de l'argent qu'elle, mais elle n'en fit rien. Le respect restait une des valeurs à laquelle elle accordait le plus d'importance.

-D'accord, je comprends. Merci de m'offrir une alternative.

-De rien mademoiselle, vous pouvez venir chercher votre nouvel horaire en fin de semaine, cette semaine-ci sera votre dernière avec votre ancien poste. Bonne journée!

Isabelle déglutit. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle avait commencé à faire tourner une mèche de ses cheveux noirs avec son index gauche alors qu'elle parlait.

-Bonne journée à vous aussi.

Merveilleux, il ne lui restait plus qu'à se trouver un deuxième emploi pour compenser de sa baisse de salaire maintenant! Morose, Isabelle redescendit à l'étage pour aller chercher sa veste bleue fétiche qui portait le logo de son collège (qu'elle n'avait pas encore mise dans sa hâte de rappeler son employeur) avant d'aller préparer les déjeuners pour sa sœur, sa mère et elle, se forçant à afficher un sourire sur son visage. Elle ne laisserait pas cette mauvaise nouvelle lui gâcher sa journée.

Noah Berlinsky. 7 Octobre 2007, 8:07.

Noah était de mauvaise humeur. Hier soir, il avait oublié de recharger son IPod, ce qui faisait en sorte qu'il n'y avait plus qu'une petite barre rouge de batterie d'énergie restante à son petit appareil électronique avant qu'il ne s'éteigne, et ça le faisait royalement chier. L'adolescent était en train de monter le volume de sa chanson au maximum pour ne plus entendre les ricanements énervants des deux filles assises derrière lui lorsqu'un bruit de klaxon strident accompagné de crissements de pneus se fit entendre.

-BEEEEP.

Noah jeta un coup d'œil irrité au chauffeur de l'autobus. C'était un homme plutôt sympathique, mais il conduisait vraiment lentement, ce qui faisait en sorte que les conducteurs plus impatients avaient tendance à le klaxonner pour l'inciter à aller plus vite (ce qui ne marchait jamais) et à devoir l'éviter à la dernière seconde, puisqu'ils anticipaient mal sa vitesse. Cela ne semblait toutefois pas perturber le conducteur, ce qui énervait encore plus Noah. Il y avait d'autres gens avec lui, il devrait faire plus attention et conduire comme il faut! En plus, il était déjà arrivé presque en retard à plusieurs reprises. Si un jour il arrivait réellement en retard, Noah serait tenté de tout simplement sécher ses cours pour la journée à cause de son éventuel découragement (oserait-il par contre, telle était la question). L'AMT était l'agence de transport la plus incompétente au monde. Il prendrait bien un autre autobus, mais cela nécessiterait qu'il se réveille plus tôt que d'habitude et il n'en avait vraiment pas envie.

Pris d'un soudain élan de rage, Noah éteignit son IPod et le rangea dans sa poche droite, en profitant pour en sortir son téléphone cellulaire (lui, au moins, il était complètement chargé et il n'allait pas lui mourir dessus!). Il se dépêcha de l'allumer, espérant avoir reçu un texto d'une personne en particulier, mais il fut vite déçu en constatant que ce n'était pas le cas. Amer, il cliqua sur l'historique de leurs conversations.

Moi (6 octobre): Alors ça marche pour demain finalement?

Moi (6 octobre): Au pire c'est pas grave on fera ça une autre fois je sais que t'as des choses à faire…

Moi (00:08): En tout cas je vais passer devant le resto vers 4:25 et si tu ne te pointes pas on se verra une autre fois…


Relire ses anciens messages ne faisait qu'empirer l'humeur de Noah. Alors qu'il relisait son troisième message pour la troisième fois en fronçant les sourcils, le son avisant qu'il venait de recevoir un message texto se fit entendre. Le garçon eut de l'espoir l'espace d'une fraction de seconde avant de constater que ce n'était pas la personne dont il attendait une réponse qui venait de lui envoyer un message.

L'espoir fut remplacé par de la paranoïa lorsque Noah constata que la personne qui lui avait envoyé un message n'était pas dans ses contacts. Il ne donnait pas son numéro à beaucoup de gens pour éviter ce genre d'imprévus. Méfiant, il cliqua dessus pour pouvoir en lire le contenu.

514-438-6376 (8:22): Bonjour. Ce message a été envoyé à cinq élèves de ton école. J'ai remarqué que certaines personnes étaient plutôt insatisfaites de leurs vies et j'ai décidé de créer un cercle de connaissances pour que l'on puisse exprimer nos frustrations par rapport à la vie et à notre entourage entre nous. J'ai su vos numéros de téléphone grâce au bottin téléphonique du collège alors ne vous inquiétez pas, je n'ai pas de mauvaises intentions ou quoi que ce soit. J'aimerais que l'on se rencontre vendredi prochain, dans deux jours, pour apprendre à se connaître un peu. Tu risques d'être surpris parce que les personnes invitées viennent de cercles d'amis variés qui n'entrent pas vraiment en contact en temps normal, mais ne soit pas trop méfiant! Les stéréotypes basés sur les préférences des gens sont généralement faux de toute façon. Je crois que les cinq d'entre vous devriez bien vous entendre éventuellement. Ça te ferait probablement du bien de toute façon de parler à des gens différents de ton entourage habituel, tu ne crois pas?

514-438-6376 (8:24): Au plaisir de te revoir bientôt. -La paume.


Noah regardait son téléphone, les yeux ronds. La paume? Mais c'était quoi ce surnom ridicule? Cette personne-là se trouvait probablement très drôle mais elle ne l'était vraiment pas. Il avait l'air d'une œuvre de charité ou quoi? Rencontrer des inconnus et devenir amis, et puis quoi encore? «La paume» devait trop regarder d'émissions de télé pour fillettes pour croire à ces merdes-là. Il avait envie d'envoyer promener l'imbécile, mais Noah en vint à la conclusion que c'était probablement ce que son interlocuteur voulait alors il se contenta d'un simple mot.

Moi (8:27): Non.

514-438-6376 (8:29): Ce sera vendredi vers 4:30 après l'école dans la cafétéria de l'école. Si vous avez des craintes, sachez que je pourrais difficilement vous faire du mal dans un endroit public sans attirer l'attention. J'espère que vous serez tous à l'appel. -La paume.


Noah se demanda si la paume avait envoyé ce message à lui seul ou si elle avait reçu des réponses négatives de la plupart des gens. Probablement la deuxième option, puisqu'elle parlait au pluriel. L'adolescent se dit avec sarcasme que si l'idée de cet illuminé était peut-être complètement débile, au moins les gens qu'il avait essayé d'entraîner là-dedans n'étaient pas assez cons pour embarquer dans son jeu.

Le brun était en train de ruminer sur les messages louches que «la paume» venait de lui envoyer lorsqu'il entendit à nouveau le son qui signifiait qu'il avait une nouvelle notification. Agacé, il se demanda ce que la paume lui voulait encore cette fois, mais son émotion se transforma en anticipation lorsqu'il remarqua que ce n'était pas la paume qui l'avait contacté, mais bien la personne dont il attendait une réponse depuis hier après-midi.

Mona (8:36): Non scuse je suis occupée à soir.

Un sentiment désagréable emplit tout l'être de Noah. C'était la même vieille douleur, les mêmes vieilles blessures. Ça partait de son estomac, frappait son cœur de plein fouet, puis se répandait à travers le reste de son corps. Le sentiment d'être délaissé. La confirmation de ses craintes. La peur de l'inévitable. L'amour. Son téléphone résonna à nouveau, signal d'un nouveau message de Mona. Noah peina à le regarder, craignant le pire. Il avait l'impression d'être en train de démanteler une bombe à retardement.

Mona (8:39): On peut se voir vendredi si tu veux à place idk.

La terreur de Noah se dissipa comme elle était venue, vite remplacée par une sensation de chaleur. Mona voulait le voir. Oui bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'elle reportait une de leurs rencontres et elle pouvait bien l'annuler une deuxième fois. Son «idk», d'ailleurs, n'était pas de bon augure. Mais bon, elle lui avait proposé de le revoir sans qu'il ait eu à le faire lui-même. Il tenta au moins de cacher son immense joie dans sa réponse, question de garder un peu de sa dignité.

Moi (8:40): Ok cool.

Noah se trouvait idiot d'être heureux à cause de ça. Il échangea à nouveau son cellulaire et son téléphone de places pour pouvoir se faire saigner les oreilles avec du métal dont les paroles étaient à peine distinguables, mais fort appropriées pour son état d'esprit actuel. Il allait cliquer sur sa playlist de bands de rock allemands lorsque son IPod s'éteignit finalement, à court de batteries. Trop exaspéré pour se fâcher, Noah se contenta de murmurer à lui-même.

-Fais chier, esti de vie de merde…

Rebecca Tanhehco. 7 Octobre 2007, 9:24.

-Nooon, t'es pas sérieuse! Il t'a dit ça?

Rebecca trottinait dans le couloir menant à son cours d'un pas qui se voulait confiant derrière ses deux amies, Suzanne et Lisa Maria, qui étaient en train de parler de l'ex de la première. Apparemment, il voulait revoir Suzanne pour «s'excuser de lui avoir fait du mal», ce qui était plutôt étrange puisque Suzanne n'avait pas semblé avoir souffert d'une quelconque peine d'amour récemment. (Voir tout court. Rebecca ne se souvenait pas d'avoir déjà vu Suzanne triste à cause d'un garçon). Lisa semblait vraiment passionnée par ce nouveau potin, par contre; Rebecca n'en avait aucun doute, tout le monde serait au courant de l'histoire (exagérément modifiée par Lisa pour la rendre plus intéressante) avant la fin de la journée.

-Ouais. Il perd son temps. C'est pas comme si j'allais changer d'avis à cause de lui. De toute façon, qui a besoin d'un copain quand on a des amies aussi exceptionnelles?

Suzanne se tourna vers Rebecca, lui envoyant un grand sourire radieux accompagné d'un petit clin d'œil complice. Rebecca se sentit devenir toute rouge, retournant un petit sourire à sa meilleure amie.

-Haha merci…

-Voyons, ne soit pas gênée Reb! Tu n'as pas à avoir honte d'être parfaite!

Suzanne fit court câlin à Rebecca, toujours souriante, avant de repartir dans la direction opposée pour aller à son cours de mathématiques. Rebecca, de son côté, commençait en chimie. Sa meilleure amie lui jeta un dernier regard amical avant de tourner au coin du couloir.

Rebecca ne comprenait pas, et elle n'avait jamais compris.

Suzanne était une des filles les plus populaires de l'école. Avec son charme, son intelligence, son apparente générosité et sa moyenne de 63 «likes» par photo sur facebook, elle pourrait convaincre n'importe qui de passer du temps avec elle. En fait, on voulait se rapprocher d'elle le plus possible et d'un air faussement désolé, Suzanne refusait souvent les offres de sorties de ses «admirateurs». Alors pourquoi perdait-elle son temps avec une fille comme elle?

Depuis qu'elle était toute petite, Rebecca avait rêvé d'être populaire. Elle voyait ces cliques de filles puissantes, sûres d'elles et bien dans leur peau et elle désirait ressentir ce qu'elles ressentaient. Être appréciée lui permettrait de se sentir valorisée. Au début du secondaire, Rebecca était très loin de la fille qu'elle était en ce moment. Elle était la fille dont la fille qu'elle était en ce moment se moquait avec ses amies. Du moins, c'était ce qu'elle voudrait.

Lorsque Suzanne l'avait reprise sous son aile après avoir passé les deux premières années du secondaire à l'ignorer, Rebecca croyait que ses rêves deviendraient soudainement réalité. Or, elle avait eu tort. L'envie de ressembler à Suzanne s'était transformée en envie de toujours bien paraître, et cela incluait dire et faire des choses avec lesquelles elle était profondément en désaccord parfois. Mais lorsque sa meilleure amie lui souriait, la prenait dans ses bras et lui disait qu'elle la trouvait magnifique, Rebecca s'en fichait. Suzanne pourrait bien lui dire d'aller mettre du ketchup dans la bouteille de shampooing d'une cheerleader de son équipe parce qu'elle avait dit quelque chose qui l'avait secrètement insultée qu'elle le ferait volontiers. Avoir quelqu'un d'aussi remarquable que Suzanne qui t'accorde autant d'importance, ça te fait faire ce genre de trucs. Rebecca se sentait bien avec elle et c'était tout ce qu'elle désirait, tant mieux si elle pouvait lui être utile, sentir qu'elle était appréciée en plus était un bonus inespérable.

Rebecca s'assit à son pupitre habituel, pas trop loin de la porte de sortie, mais pas complètement en avant non plus. Lorsqu'elle n'avait pas Suzanne dans ses cours, Rebecca se sentait perdue; sa confiance en elle était rattachée à la présence de sa meilleure amie à ses côtés. Elle avait pour le moment réussi à passer à travers son cours de chimie sans trop de problèmes (bien qu'à cause de sa condition visuelle, il lui arrivait d'avoir des difficultés avec les laboratoires).

Le cours commençait dans deux minutes, Rebecca pris donc le temps de regarder si elle avait eu des messages textes entre temps. Elle ne fut pas surprise de constater que Lisa lui avait envoyé un mur de texte expliquant ses sentiments face à la situation entre Suzanne et son ex. Ne voulant pas s'occuper de ça maintenant et se doutant du contenu général du message, Rebecca s'attarda plutôt aux messages situés en-dessous, qui provenaient d'un numéro qui n'était pas dans ses contacts.

Nikolai Ivanov. 7 Octobre 2007, 9:31.

La fille assise dans le bureau en face de celui de Niko dans son cours de chimie était en train de taper frénétiquement un message sur son téléphone cellulaire, ce qui n'était pas trop anormal de sa part. Rebecca Tanhehco passait généralement beaucoup de temps à écrire des messages à ses amis sur son téléphone plutôt que de suivre le déroulement du cours. Or, si il se fiait à son langage corporel, Rebecca était en train d'avoir une conversation qui ne lui plaisait pas trop ou du moins, qui la déconcertait. Niko se demanda si c'était parce qu'elle avait reçu un message texte curieux ce matin. Ça serait une sacré coïncidence.

Une personne qui avait pris le pseudonyme de «la paume» avait apparemment décidé de faire en sorte qu'un groupe de cinq élèves de leur école apparemment solitaires et ayant plusieurs inquiétudes refoulées se rencontrent vendredi. Niko devait l'admettre, il était plutôt flatté qu'on ait songé à l'inviter. La paume semblait avoir assez confiance en son idée pour décider qu'il ne serait pas néfaste au groupe, et l'albinos devait admettre que cela piquait sa curiosité. Si il se fiait à la chaîne de messages qui avait suivi le premier, certains futurs membres ne semblaient pas très enthousiasmés par l'idée, ce qui n'avait rien de surprenant. Niko, de son côté, n'avait rien de mieux à faire de toute façon alors il ne voyait pas pourquoi il se priverait d'une petite visite à ce fameux groupe.

Il se demandait si la paume allait réellement être présente. En tout cas, son absence en dirait long sur ses intentions. Si elle ne souhaitait que former un petit groupe de marginaux pour leur faire rencontrer d'autres gens et créer une clique d'amis, elle serait probablement là. Sinon… Niko soupçonnait des motifs ultérieurs qu'elle ne souhaiterait pas dévoiler. Cela rendrait l'aventure beaucoup plus palpitante. Il espérait vraiment qu'il s'agisse de la deuxième option, trouver la vérité derrière cette mise en scène serait très amusant (et il devait admettre que la simple perspective de la formation d'un groupe de gens malheureux l'ennuyait à mourir, il espérait que la paume allait se montrer à la hauteur de ses attentes et lui procurer un scénario plus intriguant).

Rebecca semblait clairement dérangée maintenant. Niko se dit que ça serait probablement intéressant de mener une petite recherche sur son hypothèse quant au messages textes qu'elle avait reçus (il n'y avait que cinq élèves qui avaient été invités, ça serait quand même une sacré chance), mais de ce qu'il savait de Rebecca, il n'avait aucun doute qu'elle serait assez curieuse pour se pointer à la rencontre du vendredi prochain alors il finirait bien par le savoir de toute façon. La brune s'était probablement sentie importante puisqu'on avait décidé de l'inviter elle, pas de doute qu'elle serait présente.

Niko sortit une feuille blanche de son cartable (qu'il croyait initialement vide, mais il eut tôt fait de constater qu'il avait gribouillé une équation mathématique à l'endos, probablement pas ennui lors du dernier cours) et décida de s'écrire quelques notes à propos du mystère de la paume.

La paume

Motivations.

-Hypothèse 1: Bon samaritain qui veut aider les pauvres élèves délaissés à se faire des amis. Ennuyeux; si cela s'avère vrai, se distancer de cette affaire.

-Hypothèse 2: Une personne qui prétend avoir des bonnes intentions mais qui a besoin d'un groupe de gens facilement manipulables pour accomplir quelque chose. (Note: j'ai tout de même été invité, ce qui est intéressant. Si cette personne pense comme cela, ça veut probablement dire qu'elle ne me voit pas comme son égal, donc qu'elle me perçoit aussi comme manipulable? Autre alternative: elle croit peut-être que je serais d'accord avec son but.)

-Hypothèse 3: C'est une sorte de blague, «la paume» s'ennuyait et n'a pas vraiment d'objectif. Ça serait dommage.

-Hypothèse 4: Un étudiant voulait faire une expérience sociologique. Les personnes semblent avoir été spécifiquement sélectionnées par contre, peut-être recherchait-elle un type de personne? Ça pourrait être intéressant.

-Hypothèse 5: La paume veut prouver quelque chose (à qui?). Un peu comme l'expérience sociologique, mais pour des motifs plus personnels.

Identité.

-Presque assurément quelqu'un du collège. Le lieu de rencontre semble l'indiquer du moins et il sera facile de vérifier si c'est le cas une fois qu'on verra la personne. Si elle ne se présente pas, cela laisse place au doute mais dans ce cas pourquoi rassembler des gens de cette école en particulier? La personne devrait minimalement avoir un lien avec le collège. Il est trop tôt pour chercher des suspects, mais je crois qu'il est probable que la personne en question ait des traits similaires aux personnes qu'elle a invitées, ou du moins qu'elle se sente proche d'eux d'une façon comme une autre. Si sa motivation est intéressante, c'est probablement une personne intelligente.

Conclusions.

-Je crois que c'est une personne de l'école qui voulait accomplir/se prouver quelque chose. Elle a probablement sélectionné des personnes qu'elles considérait intéressantes en lien avec son but.


Niko s'amusa à ajouter quelques notes supplémentaires pendant le restant du cours. Il ne s'était pas autant amusé depuis l'hiver passé lorsqu'il avait découvert que sa professeure de français trompait son mari et qu'il avait utilisé cette information contre elle pour ne pas qu'elle le dérange trop pendant ses cours en le forçant à participer (il se rappelait des regards incertains qu'elle lui jetait parfois, comme si elle craignait qu'il décide d'appeler son mari d'un instant à l'autre pour tout lui déballer. C'était plutôt comique. Avoir un tuteur qui avait déjà travaillé dans les services secrets avait des avantages; on ne voulait pas trop le contrarier.) Lorsqu'il quitta finalement son cours de chimie, Niko se sentait presque heureux.
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