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 TO JAY, WITH LOVE

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Kyle

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MessageSujet: TO JAY, WITH LOVE    TO JAY, WITH LOVE  Icon_minitimeDim 5 Jan 2014 - 18:40

Dans la série "Les prompts de Jérémie", voici le prompt n.24: CINNAMON SE FÂCHE EN TI-TI

Okay no, let's be real, voilà le prompt donné:
"Resto rétro : Cinnamon dit à tout le monde dans le restaurant que Lydia est la fameuse motocycliste de course illégale qui échappe toujours à la police quand elle débarque et personne, personne, le croit."

-

Le soleil se pointait à l’horizon lorsque les premières sirènes de police retentirent. Il y eut quelques cris, puis des bruits de moteurs qui emplirent l’air de leur rugissement, et bon nombre dérapèrent sans se faire prier de la piste de course improvisée. Elle s’attarda sur place, un pied fiché au sol pour se garder en équilibre, observant les voitures claironnantes s’approcher à toute vitesse.

Il n’eut pas le temps de fuir lorsque les policiers s’étalèrent sur tout le site, mais il put apercevoir la ligne parfaite de sa chevelure, ses yeux gris féroces, son sourire étiré, narguant les flics. Alors qu’une paire de menottes s’abattaient sur ses poignets, elle lui fit un clin d’œil et détala dans un puissant nuage de poussière. Sur le côté de sa moto noire, un phénix rouge vif était peint.

-

En poussant la porte du restaurant, le retentissement des clochettes signala son arrivée. Ce n’était pas une fanfare accompagnée de danseuses lascives célébrant son retour, mais c’était quelque chose d’entièrement satisfaisant à entendre après avoir passé trois mois dans le trou. C’était le son de sa liberté retrouvée; le bruit qui annonçait les pleurs de joie et les discours passionnés (voire torrides) de ses potes qui allaient évidemment être entre extases de le revoir enfin. (D’accord, Kyle et Joel étaient passés le voir deux jours avant sa sortie, mais ça ne comptait pas. C’était en-dedans et maintenant il était dehors. D’ailleurs, ils étaient mieux de lui avoir préparé une fête de retour digne de tous les meilleurs enterrements de vie de garçon jamais imaginés par les réalisateurs Hollywoodiens et leurs grand-mères.)
Cinnamon marcha directement jusqu’au comptoir, s’installant sur l’un des haut bancs disponibles. Il arrivait à une heure vide de clients; au beau milieu de l’après-midi un jour de semaine. Le resto était toujours aussi moche, mais c’était son genre de mocheté et à ce moment, Cinnamon aurait presque embrassé ce stupide plancher aux dalles rouges et blanches  tant il était heureux de respirer de nouveau l’air frais du monde extérieur.

- Sullivan? T’étais pas en taule?, lança une voix ennuyée par-delà le comptoir.

Cinnamon pivota sur son siège et offrit un grand sourire à la serveuse en glissant ses coudes sur la surface polie pour s’approcher de celle-ci. Les prisons étaient pleines de mecs, la plupart pas plus baisables que ça, et de voir la jolie tronche d’une fille, de cette fille-là, était comme ouvrir une bouteille de tequila El Jimador après des mois passés à l’eau et au Jack Daniels refilé en douce entre les barreaux.

- Been there, done that, répondit Cinnamon. Maintenant, tu parles à un homme libre et transformé.

Emy lui renvoya un air dubitatif, aussi Cinnamon se permit de poursuivre :

- Tu devrais voir le nombre de nouvelles cicatrices que je me suis fait, chérie, tu capoterais. Si tu veux, après ton shift, on pourrait…
- Je suis désolée monsieur, mais puisque vous ne consommez rien, je vais devoir vous mettre à la porte, l’interrompit Emy d’une voix froide comme la glace.
- Moi, rien consommer? Bullshit, c’est exactement ce que j’étais en train de te proposer de faire! T’es tellement fine Emy; trois mois sans me voir et t’es déjà en train de me foutre dehors.
- JÉRÔME! Y’a un débile en manque d’attention ici qui a clairement envie de te voir!
- Jérôme? Jay? Jay travaille aujourd’hui?!, s’exclama Cinnamon en se penchant pratiquement par-dessus le comptoir pour essayer de voir par la petite fenêtre brouillée de la porte des cuisines. Wait, wow quoi, « débile en manque d’attention », attends un peu…

La porte s’ouvrit, laissant paraitre la tête familière du cuisinier. Emy s’effaça aussitôt et Jérôme prit le pas, un grand sourire apparaissant sur son visage lorsqu’il remarqua la présence de Cinnamon.

- Oh my god, Cin! T’es en vie!, lança-t-il joyeusement. Et pis, la vie en taule, t’y as trouvé ton habitat naturel?
- Ha ha, yeah, j’étais le King du trafic de cigarettes. Avec toutes les gueules que j’ai pétées, ça m’étonne qu’on m’ait pas collé un ou deux ans de plus, fit Cinnamon alors que l’autre secouait la tête, amusé. Hey, où est tout le monde aujourd’hui?

Jérôme haussa les épaules.

- Aujourd’hui, c’est mort, alors y’a que moi, Emy et Darren. T’as pas prévenu personne que tu sortais aujourd’hui?, ajouta-t-il en lui glissant une tasse de café.
- Joel et Kyle étaient au courant. Isa aussi. Moi j’pouvais pas trop créer un event Facebook depuis ma planque t’sais.  
- Yeah okay. Écoute, je lance un text à la ronde et on se voit au Crimson ce soir alright? Je suis sûr que Jean va pouvoir nous refiler des verres gratis.
- J’suis mieux de pas avoir à payer pour une seule goutte d’alcool ce soir! Faut me prouver que je vous ai crissement manqués.
-Ouais c’est ça et en attendant, ça fait 1,50$ pour ton café.
- Tu me niaises? Come on, Jay!
- Je te niaise dude, c’est good, ricana Jérôme. Tu veux un refill? Gratuit, c’est juré, ajouta-t-il en considérant le regard plissé de méfiance de son ami.

Cinnamon acquiesça. Pianotant du doigt sur le comptoir, il y avait une vieille pensée qui refaisait lentement surface, avec la promesse de revoir enfin tout le monde. « Tout le monde » comme dans…

- Est-ce que tu crois que Lydia va venir ce soir?

Jérôme le regarda directement, l’air complètement blasé.

- Cin. Give up. Elle ne voudra jamais coucher avec toi, okay? Y’aura pas de comfort sexe pour tes trois mois en prison. Just give up. Tu vas mieux dormir la nuit après.
- C’est pas ça? Okay c’est un peu ça, mais c’est pas vraiment ça! C’est que…

Cinnamon s’interrompit. Après réflexion, il valait mieux garder l’information pour le bon moment. Il attrapa sa tasse, l’avala presque d’une traite. (Il se brûla la langue au passage, mais n’en fit pas de cas, se contentant de grimacer sous le rire de Jérôme.) Puis, avec un clin d’œil et un sourire un peu trop vicieux, il lança :  

- J’le dirai ce soir.
- What the fuck? Cin, de quoi tu parles?
- Ce soir, mon pote! J’te torture je sais, mais faut savoir avoir le bon timing!
- Okay c’est bon, décalisse d’abord! Tu fais fuir nos clients anyways.
- Faudrait que t’en ailles pour que j’puisse les faire fuir!  
-Ta gueule Sullivan pis décalisse!

-

Dans le bar animé, leur petite bande s’agglutina près du comptoir, là où Jean pouvait écouter toute la conversation tout en préparant ses drinks ou en faussant de nettoyer un verre. La soirée avançait tranquillement et Jérôme lançait périodiquement des regards suspicieux à Cinnamon qui lui renvoyait alors un sourire mesquin. Son visage commençait à chauffer avec les shots qu’il s’enfilait. Il comptait bien se casser la gueule ce soir, aux frais de ses amis si possible.

Lorsqu’Ethan se fraya enfin un chemin jusqu’à eux, Cinnamon jugea qu’il était temps de faire son annonce. Tous ses potes étaient là, plus Maeila, Abby, Rebbeca et même l’autre idiot, Ariel (il n’avait aucune foutue idée pourquoi il était venu celui-là; quand il n’était pas gelé jusqu’aux oreilles, il avait l’air de vouloir le faire imploser avec son regard). Emy n’était pas là, ce qui était dommage, mais peu surprenant. Tout comme l’absence notable de Lydia, ce qui jouait pour une fois parfaitement en sa faveur.

Cinnamon se leva sur sa chaise. (Avec un peu de maladresse parce que la vodka commençait à faire effet, mais Joel le stabilisa d’une main et lui épargna d’aller s’étaler sur la table – chose qui aurait été fantastique si quelqu’un avait eu son cell pour filmer, aussi Cinnamon plaça l’idée dans la catégorie « Coups chiens à faire à Kyle » pour une prochaine fois.) Ses amis dirigèrent un à un leur regard vers lui et Cinnamon prit une longue seconde pour savourer cette image de parfaite adulation. Les deux bras levés, son verre dans l’un, et un sourire tordu accroché au visage, Cinnamon commença :

- Je voudrais remercier mes chers amis qui m’avaient oublié en prison mais qui ne perdent jamais une occasion de venir se soûler la gueule avec moi pareil et je voudrais en profiter pour…
- Articule Simon, on t’entend mal!, s’écria Abby alors que Cinnamon continuait, imperturbé sauf pour son majeur dressé.
- Je voudrais en profiter pour faire une déclaration, une vraie primeur les gars, alors ouvrez-bien vos oreilles : comme vous le savez tous –j’espère parce que sinon j’ai des coups de poings à donner-, j’ai été arrêté après une course de moto. Ce que j’ai jamais dit encore, c’est que j’ai vu, juste avant de me faire cloitrer, j’ai vu la Comète.
- La Comète?, répéta stupidement Kyle.
- La Comète! Genre la fille fucking invincible qui gagne le trois quarts des courses undergrounds de motos et qui réussit toujours à filer avant les flics? Cette Comète! Je sais qui elle est et flash news : vous le savez tous aussi.

Cinnamon se pencha vers la table, un peu trop car son verre se renversa légèrement sur Rebecca qui lâcha un cri dégoûté, puis tenta de murmurer pour l’effet, mais la déclaration sortit plutôt comme un cri :

- La Comète, c’est Lydia!

Un silence tomba sur la table. En contraste, le brouhaha du bar sembla augmenter drastiquement de volume, alors que ses amis échangeaient des regards illisibles. Le centre de l’attention revint comme au ralenti sur Cinnamon qui attendait toujours l’effet fracassant de sa nouvelle.

- Lydia, dit Ethan. Lydia est la chauffeuse débile de moto illégale.
- Oui, j’te le dis. Je l’ai vue. Avec sa moto noire et le phénix rouge, pis ses cheveux carrés.
- Man, tu devrais sit down, fit Joel à sa gauche en tirant sur ses jeans. Or tu vas finir par fall down.
- What the fuck guys, pourquoi vous me croyez pas?, s’exclama Cinnamon, en ignorant son ami, plus qu’ennuyé par les réactions nulles des autres. Criss, j’vous le dis, c’est fucking Lydia!
- Lydia a même pas de permis de conduire, déclara Elena, qui retenait visiblement un fou rire à en voir son visage rouge et ses épaules tremblantes.
- Lydia, come on, renchérit Jérôme avec une hilarité qui elle n’était pas contenue
- Elle dépense son salaire dans des vêtements pis du maquillage, où est-ce qu’elle aurait le temps et l’argent pour des courses de motos illégales?, ajouta Ariel avec un hochement de tête entendu.
- Ta gueule Barbie! Qu’est-ce que t’en sais hein? Elle était pas fille à papa super riche anyways?
- Était, corrigea Abby. Shit happens.
- Mais ça fitte!, riposta Cinnamon, de plus en plus frustré. Il sauta au sol, surplombant la table avec un air rouge et crispé. Regardez-là pis v’nez me dire que Lydia a pas l’air d’une fille qui pourrait tous vous baiser en secret?
- Your kinks are showing dude!, fit Jérôme.  
- Ça depend si on parle avant ou après son café?, ajouta Ethan.
- Fuck you, Lydia…
- Oui?

La tablée se retourna d’un même mouvement vers Lydia qui souriait de moitié, flanquée de Legan et son air habituel de « quelqu’un m’a enfoncé un balai dans le cul et il essaie de me ressortir par la gorge ». Cinnamon poussa un cri et leva son index vers la jeune femme.

- AH AH! Lydia, avoue tes crimes : c’est toi Comète hein?!
- Comète?, firent de concert Lydia et Legan.
- Tu me fucking niaises?!
- I’d ask if he took something but I guess he’s just being his drunk stupid normal self, ironisa Legan en se laissant tomber dans le siège disponible aux côtés de Kyle.
- Il s’est mis en tête que Lydia est la motocycliste légendaire du monde des courses de moto illégales, expliqua Jean en faisant passer des verres jusqu’aux nouveaux venus. On est dubitatifs. Personnellement, je trouve ça douteux qu’en trois mois d’incarcération, tu n’aies pas pensé à en glisser un mot à ceux qui sont venus te visiter. Pour un secret qui semble t’exciter à ce moins, mon pote, c’est louche, surtout que tu ne devais pas avoir beaucoup d’occupation stimulante pour t’occuper l’esprit à part te battre et trafiquer des clopes.

Cinnamon ouvrit la bouche, ne trouva rien à y répondre, la referma. Il commençait à être réellement en colère (non, il était réellement en colère), pour une fois qu’il avait une nouvelle impressionnante et entièrement vraie à annoncer. Jean était un putain de journaliste (okay un amateur, un aspirant, un fake, qu’importe), il aurait dû l’appuyer, pas trouver des arguments logiques pour convaincre Cinnamon de sa propre stupidité. Luttant contre l’envie de frapper le sol de ses pieds comme un gamin en crise, Cinnamon se rassit avec force dans sa chaise, engloutissant d’un coup tout le reste de sa bière. En sortant de ce foutu bar, il allait trainer Kyle par le col et le tabasser pour se défouler.

- Fuck off, fuck you, all of you!, s’écria-t-il en écrasant son verre sur la table. C’est vrai, okay? Lydia est la Comète, pis si vous me croyez pas, ben…
- C’est ça, désolée Cinnamon, c’est un choix de carrière intéressant, mais bof hein, répliqua la concernée avec un rire désabusé.
- I know what you are, gronda-t-il en retour, en la regardant droit dans les yeux.
- Okay Cinnamon, c’est bon là, interrompit Elena. On a compris, vas pas emmerder Lydia avec ça non plus.
- Keep your wetdreams to yourself, fit Legan sur le même ton.

Le majeur dressé, Cinnamon cala deux shots laissés sans surveillance sur la table (il ne savait pas qui les avait commandés et il s’en foutait royalement). Il avait décidé de se fondre dans l’alcool jusqu’à la fin de la soirée et il emmerdait tout le reste. Il emmerdait tous ces cons qui ne le croyaient pas. Le jour où la police allait débarquer dans leur stupide restaurant pour mettre les menottes à la légendaire Comète qui ne serait nulle autre que Lydia, ils allaient tous venir se prosterner à ses pieds en pleurant et en lui demandant pardon. Et le pardon allait se payer cher.

À l’autre extrémité de la table, Lydia lui coula un regard hilare, jambes croisées et verre de gin en main, un tableau léché à la perfection. C’était à des années lumières de cette fille en combinaison noire, le visage en sueur et les bottes tachées de terre, et c’était du pur calcul.

Discrètement, Lydia leva son verre à son adresse avec un clin d’œil. Cinnamon retint son cri de rage et décida plutôt de verser le reste de la tequila dans son verre. Il allait définitivement se défoncer la gueule ce soir.
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MessageSujet: Re: TO JAY, WITH LOVE    TO JAY, WITH LOVE  Icon_minitimeDim 5 Jan 2014 - 19:00

Prompt: "Ethan qui tattoo un autre OC"

-

Une bourrasque de vent glacial s'engloutit dans la boutique. La porte claqua, étouffant le "hello" claironnant de Kelly qui maintenait la caisse aujourd'hui. Caché de l'autre côté des rideaux qui délimitaient sa zone de travail, Ethan s'occupait à gribouiller des designs au hasard pour palier au manque de clients en cette horrible journée frigorifiante. Le bruit lui fit relever la tête, mais il eut à peine le temps de pivoter sa chaise que déjà, on écartait les rideaux avec brusquerie.

- Encore toi?, lança Ethan avec un sourire amusé. Attends, laisse-moi deviner: tu ne peux plus te passer de moi, c'est ça?

Face à lui, Nolan River se débarrassait de la neige sur son manteau avec un air ennuyé. Il avait le visage enfoui dans un épais foulard noir, les joues rougies comme si on lui avait mis une trop grande quantité de far, et lorsqu'il retira sa tuque, ses cheveux se dressèrent en tous les sens au sommet de sa tête. Il releva un regard d'acier sur Ethan, large et trop brillant.

(Dangereux et excitant: le résumé en deux mots de son client du jour.)

- Monsieur, vous n'avez pas le droit de... Monsieur, il faut passer par la caisse avant, il faut un rendez-vous, protestait vainement Kelly avant qu'Ethan ne lui fasse signe de laisser tomber.
- C'est bon, on va faire une exception pour toi, ajouta-t-il à l'adresse de Nolan. Tu passes sans rendez-vous aujourd'hui, maudit chanceux.
- Goddamnit fuck, fit le concerné, ouvrant enfin la bouche. It's fucking freezing outside. I fuck winter in the ass, jesus christ.
- Kinky. Sinon, ce sera quoi aujourd'hui? Le signe d'anarchie ou la croix gammée? Tu peux enlever ton manteau en passant, avant de foutre de l'eau partout dans mon coin. Imagine si je me plantais et que je te tatouais "cum" à la place de "mum" dans le coeur sur ton biceps?

Nolan obéit avec un ricanement, refilant son manteau à Kelly qui avait l'air peu intéressée à se retrouver entre les deux garçons. Elle s'empressa de disparaitre après coup, avec un vague regard soucieux pour Ethan.

- Sérieux, tu veux quoi aujourd'hui?, répéta ce dernier alors que Nolan se laissait tomber sans invitation dans le fauteuil réservé aux clients. Il avait le regard posé sur les exemples de designs qui tapissaient les murs du parloir, comme s'il ne savait pas déjà exactement ce qu'il désirait.

Nolan tourna les yeux sur Ethan et sur ses lèvres s'étira un sourire inhabituel, presque calme, comme un secret échappé.

- There, dit-il en mettant deux doigts sur son poignet gauche à l'endroit où battait son pouls. Two dices. One with two dots and the other with five.
- Okay genre...

Rapidement, Ethan dessina un croquis et glissa la feuille vers lui; quelques modifications plus tard et Nolan fut satisfait.

Lorsqu’Ethan déposa l'aiguille sur sa peau, Nolan ne broncha pas. Il n'aurait su dire si la douleur l'indifférait vraiment ou si c'était son attitude de gros dur psychopathe qui le tenait en place. La zone qu’il avait choisie était pourtant réputée comme particulièrement sensible. En tous les cas, Nolan rejeta sa tête sur le dossier du fauteuil et se plongea dans le silence. Ethan laissa échapper un vague sourire sans trop savoir pourquoi l'image l'amusait, puis accorda son plein focus au tatouage en devenir. Les premières minutes filèrent avec une teinte étrange, clinique presque, dénuées de vie si ce n'était de leur respiration commune et des mouvements précis d'Ethan.

C'était chose habituelle. Pour peu qu'Ethan lâchât le fil de leur interaction, la distance s'installait. Une distance familière, sans doute volontairement imposée, qui rendait Nolan étranger et incompréhensible. En cet instant précis, l'image lui venait de leurs deux êtres comme séparés par une fine membrane, connectés seulement par l'aiguille qui déversait son encre sous la peau de l'autre.

- Alors, y'a une histoire derrière ce tatouage?, demanda Ethan sans relever les yeux.

Question audacieuse (on parlait de Nolan quand même, le genre à foutre un crayon dans la gorge de quelqu’un en affirmant qu’il ou elle en savait trop à son sujet), mais Ethan assumait que si ça ne lui plaisait, il n'avait qu'à ne pas y répondre. Dans la pire éventualité, Ethan était à l’instant celui qui tenait l'objet métallique pointu entre ses doigts.

Sa curiosité était sincère. D'ordinaire, il laissait ses clients tranquilles, bien placé qu'il était pour savoir qu'un tatouage pouvait être quelque chose de très intime. Certains le lui disaient d'eux-mêmes, certains n'avaient pas de raison particulière et d'autres étaient assez avenants pour rendre Ethan confortable de poser la question. Nolan ne se casait dans aucune catégorie. Nolan lui donnait envie de laisser tomber la considération (il n'en méritait pas), d'être rude, voire acide (il pouvait se le permettre).

- Ya, there is, répondit Nolan après un moment.
- So? Attends, dis-moi pas; I gotta work for it?

Nolan tourna la tête vers lui avec une lenteur mesurée. Il y avait de durs éclats dans ses prunelles, comme une pierre d’émeraude brisée. Pierre à trancher, pierre à égorger; le vert paraissait toujours comme la plus particulière des couleurs dans les yeux de Nolan. Ethan le dessinerait un jour avec ce sourire de requin et des joyaux aux mille reflets à la place des yeux.

- If you wanna try, lança Nolan en coupant le contact. It’s no state secret anyways.

Ethan acquiesça avec un murmure amusé. Sur la peau sanguinolente de son client, le dessin commençait tranquillement à prendre forme.

- I’ve got many tricks up my sleeve, you know.
-Yeah? Playing with needles 's making you think you a torture expert?
- Précisément. Je pense que tu sous-estimes le pouvoir que j'ai avec cette aiguille entre les mains. Ferme pas trop longtemps les yeux où tu pourrais accidentellement te retrouver avec un tatouage de My Little Pony, ajouta Ethan, faussement sérieux.
- And I don't deal very well with threats.
- C't'une joke. Pas besoin de prévoir ma mort prochaine là, j'suis tout ce qui a de plus professionnel, tu sais ben.
- Except for the "sleeping with your clients" part, laissa tomber Nolan.

Il y avait quelque chose d'absent dans le ton de sa voix, un vide volontaire, et il y avait une intention au-dessous qu'Ethan n'était pas certain de saisir. Il suspendit brièvement son mouvement, considéra Nolan du coin de l'oeil.

- C'est une proposition? Ou tu regrettes de pas être exclusif avec moi?, rétorqua Ethan, avant d’ajouter avec une seconde dose de cynisme : Sorry dude, j’pense pas que ça marcherait bien entre nous deux. J’veux dire, t’es bon au lit, mais j’pourrais clairement pas supporter ton haleine dégueulasse du lendemain à chaque matin de ma vie.
- You’re the one who always begs to be rimmed, commenta Nolan, les coins de bouche tordus en un dangereux amusement. Think your semen-flavoured tongue’s better the morning after?
- Always? J’pense que t’as des hallucinations auditives mon grand. T’sais, je suis une innocente pucelle moi et mon haleine sent toujours la rose, c’est connu.

Nolan lâcha un ricanement, roulant ses yeux vers le plafond à nouveau. Il avait le poing droit serré, écrasé contre l’accoudoir, les jointures livides. Ethan en déduit qu’il souffrait bel et bien davantage qu’il ne voulait laisser paraitre.

- Focus, boy. If you fuck your shit, I’ll skin you for real and not in the fun way.
- The fun way? What the fuck, c’est quoi “ the fun way” d’être écorché vivant?

Le silence lui répondit cette fois, Nolan ayant décidé de tuer la conversation sans plus de précédent. Il avait cette façon agaçante de dominer les conversations en décidant quand et comment il souhaitait la débuter ou la conclure et en ignorant tout le reste comme bon lui semblait. Ethan se savait parfaitement capable de pomper Nolan sous bien des points de vue, mais celui-ci n’était pas exactement inoffensif si poussé contre son gré. Il avait décidé qu’il appréciait ou tolérait Ethan ou du moins, qu’il aimait son cul, ce qui était déjà pas mal de l’avis du concerné, et Ethan comptait en profiter intelligemment.

Entre temps, Nolan pouvait être franchement chiant.

- J’ai presque fini, annonça Ethan plus doucement. Il me reste un point à noircir et après t’es libéré de ta torture.
- I’ve had worse.
- Je vais pas arrêter de croire en ta dick si tu avoues que t’as mal, dude.
- It’s not about you, coupa sèchement Nolan. So shut the fuck up and finish that thing.

Uh oh, corde sensible, songea Ethan en choisissant prudemment de clore le sujet. Monsieur avait mal et commençait à s’impatienter, pouvait-on comprendre.

- Si au moins tu tippais bien, ça vaudrait plus le coup, grommela Ethan.

Rapidement, il déposa la dernière touche au tatouage, puis se redressa pour observer le résultat final. Sur la peau rougeoyante, les deux dés semblaient figés dans un lent mouvement de chute. Le regard d’Ethan dériva sur Nolan qui était lui-même en pleine contemplation, le visage pensif.

- So?
- It’s good, assura Nolan en soulevant délicatement son bras pour le regarder de plus près. Yeah. It’s good.

Étrangement soulagé, Ethan laissa un discret sourire s’installer sur ses lèvres. De la part de Nolan, c’était une bonne réaction, un résultat satisfaisant. Il reprit son poignet et s’affaira à nettoyer et à panser la zone à vif. Enfin, il recula sa chaise, son travail fini.

- Bon, fit Ethan en sautant sur ses pieds. Je vais arranger ta facture avec Kelly. Viens quand t’es prêt pour payer.
- By the way, intervint Nolan. I don’t mind if you take it as a proposition.

Ethan se retourna lentement, une main sur les rideaux. Nolan le fixait sans expression particulière, évasif, et il avait le poignet toujours levé en l’air comme s’il ne savait plus trop quoi faire avec. Ethan pencha la tête. Un sourire en coin lui vint, cynique.

- Okay then, it’s no.
- Fuckhead. Goddamn tease.
- Tu me fais de la peine Nolan, vraiment, quand tu me gracies de ta charmante compagnie juste pour du sexe. Et pour tes tatouages de néo-nazi.
- Suck my dick. Literally and figuratively.
- Si tu te comportes bien, je pourrais reconsidérer ma décision, lança Ethan sur un ton faussement innocent. Pas besoin de dire que t’es mal parti en criss pour le moment.
- I owe you nothing, cocksucker.
- You really want a blowjob, don’t you? Et faux, tu me dois 50$. J’te fais un prix d’ami là, rejoice.
- Fuck you, Lapierre.
- Lawpierrrrre, se moqua Ethan avec un accent anglophone exagéré.
- I swear, I’m gonna fuck you so hard you won’t have any voice left to say stupid shit for a least a week.
- Criss. C’est une promesse? Parce que je ferme à cinq heures et t’es mieux d’être là, okay?
- Yeah, a promise alright. A bonus for your good work.
- Right. You still owe me fifty bucks.
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MessageSujet: Re: TO JAY, WITH LOVE    TO JAY, WITH LOVE  Icon_minitimeDim 5 Jan 2014 - 19:04

Prompt: "Elena en vampire. Genre. Bad!Elena en vampire. Sanglante, sexy and stuff."

Celui-là, j'ai pas tant rempli les critères "sanglant" et "sexy" (elle est plus enjôleuse que sexy là-dedans actually?) et c'est un prompt un peu étrange overall, alors yeah. Je l'ai laissé parce qu'il me plaisait, même si je me disais que c'était peut-être pas tant le type de Jay bwaha.
Dans ce prompt, c'est un peu Elena qui a décidé de se servir de son vampirisme pour assouvir err. well. des désirs meurtriers qu'elle avait à la base? Genre une potentielle tueuse en série soudainement devenue vampire et qui en profite.

-

Elle était seule dans le parc, assise sur un banc au milieu de hauts arbres noueux. Elle était belle et pâle, délavée sous la lumière de la lune, avec des cheveux qui lui tombaient sur la poitrine comme des vagues incendiées. D’une immobilité inhumaine, elle ne donnait signe de vie que pour tourner les pages de son livre.

Ta présence dans ce même parc était un pur hasard. Il y avait des travaux de construction qui obstruait ton chemin habituel et tu avais décidé d’essayer une autre route. C’était ton ami qui t’avait suggéré d’emprunter le raccourci par le parc pour retourner chez toi. Tu passas devant elle, fis craquer quelques branches sous ton passage. Elle redressa les yeux. Ses lèvres étaient aussi pâles que le reste de son visage et lorsqu’elle te sourit, le blanc de ses dents luisit. Tu interrompis tes pas.

- Perdue?, dit-elle d’une voix amusée. Tu as l’air de ne pas savoir quelle direction emprunter. Je peux peut-être t’aider?
- En fait…, tu commenças avec un refus en tête, avant de le sentir s’évaporer sous ta langue. Je cherche à rentrer chez moi. Je suis peut-être un peu perdue, en effet.
- Il est tard, fit la jeune fille avec un sourire plus doux. C’est normal, avec tous ses arbres qui cachent la vue, plus la noirceur autour. Difficile de voir par où entrer et par où sortir.

Tu acquiesças. Elle n’avait pas tort. Le parc était entouré d’un épais boisé, de vieux arbres sombres qui se dressaient en forme menaçante. Un regard d’ensemble et il te semblait soudainement immense, labyrinthique avec ses feuillus éparses et son bruyant lit de feuilles et de branches. Il te semblait impossible de t’en sortir seule au beau milieu de la nuit, même sous le couvert de la lune et des étoiles.

- Allez, laisse-moi te sortir de là, proposa-t-elle en se levant souplement.
- Merci, c’est très gentil, tu dis en réponse. J’étais un peu inquiète de faire le trajet toute seule jusqu’à la maison, aussi.

Elle t’envoya un sourire par-dessus son épaule. Ses mèches enflammées bougeaient avec tous ses mouvements, tombaient gracieusement sur toute la longueur de son dos. Tu la suivis en songeant à la flûte du charmeur de serpent, tes yeux fixés sur sa chevelure hypnotisante.

Tu ne comptais plus tes pas lorsqu’elle s’arrêta. Elle te fit face, pâle silhouette dans son pull trop grand et ses collants noirs qui faisaient disparaitre ses jambes dans la nuit.

- Derrière ses arbres, il devrait y avoir ce que tu cherches, elle t’annonça.

Tu avais franchi le point désigné lorsque tu réalisas qu’elle ne clignait pas des yeux.

Devant toi, il y avait un papillon. Un immense papillon cloué sur le tronc d’un immense arbre, des ailes en feuillages et une longue trainée de sang partant de la gorge jusqu’à la pointe des orteils.

Tu sentis une main attraper ton bras, retenir ton corps qui se dérobaient sous toi. Une autre, douce et froide, emprisonna ta gorge, étouffa le cri qui menaçait de se former. Un souffle se glissa contre ton oreille :

- Ta dernière destination, elle te plait?

Elle effleura de ses dents la peau tremblante de ton cou, presque tendrement.

- Tu es belle, murmura-t-elle. Je ne te gâcherai pas.

Lorsqu’elle perça ta chaire, elle te laissa hurler.

-

Elle marchait avec une fausse innocence dans ses pas et riait d’une légèreté qui n’avait pas de conscience.
Elle marchait avec la trahison au coin de ses lèvres et la mort sur le bout des doigts.
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Kyle

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MessageSujet: Re: TO JAY, WITH LOVE    TO JAY, WITH LOVE  Icon_minitimeDim 5 Jan 2014 - 19:06

Prompt: "Jean qui trouve le cahier à dessin d’Ethan ouvert sur un dessin de lui."

SORRY JAY.

-

Sur une petite table de salon, un cahier avait été oublié. Il reposait de travers comme si on l'avait nonchalamment jeté à cet endroit, ouvert.

Jean glissa son doigt sur la feuille noircie au plomb, entre les lignes confuses qui formaient une silhouette des plus familières. Il s'agissait d'un dessin de lui. Un sketch banal, une illustration simplifiée de lui en train de dormir sur un canapé. Il y avait un sous-entendu particulièrement intime sous le tracé du crayon. Il se trouvait dans l'esquisse de ses traits au repos et dans la délicatesse des mèches de cheveux qui lui tombaient contre le front; il se trouvait dans l'ombre de ses clavicules et dans le creux de sa taille qui disparaissait dans le vide blanc de la feuille.

Jean poussa un soupir. Ses doigts s'égarèrent jusqu'au coin de la page. Il ignorait s'il avait le droit de regarder -sans doute pas-, mais il était pris d'une sinueuse envie de voir. Il ne savait pas pourquoi; il savait déjà. C'était peut-être l'arrogance de vouloir une confirmation, songea Jean avec dérision. La possibilité de regarder au travers d'une lunette unique, incompréhensible à ceux qui ne saisissaient pas déjà.

Sur la seconde page, il se vit en train de lire un livre. La ligne de sa mâchoire était presque noire; il y avait passé de nombreuses fois son crayon. Jean pouvait l'imaginer recroquevillé sur son fauteuil favori, le cahier sur ses genoux, les sourcils froncés et les lèvres plissées alors qu'il essayait de capter l'angle exact de son os.

Sur la troisième, quatrième, cinquième page, il se vit comme un fantôme dans les fissures de son quotidien.

Jean referma le cahier. Il recula sans le quitter des yeux, comme s'il allait se rouvrir de lui-même et dévoiler tout son contenu avec ostentation. Entre ses doigts, la clé de l'appartement, le double qu'il lui avait expressément donné ( "Pour que ça soit plus facile de satisfaire nos libidos monstrueuses, tiens. Pas comme si j'avais quelqu'un de mieux à qui la donner.") dodelinait dans le vide, aussi traitre que le cahier qui se tenait en face. Jean contempla un long moment l'idée de laisser tomber la clé sur la couverture, de l'abandonner là, simplement et explicitement. Puis, la porte d'entrée s'ouvrit.

- Yo? Jean, c'est toi?

Sa main se referma sur le métal froid et il fit volte-face pour apercevoir Ethan débouler dans la pièce principale.

- Oh, salut, tu viens d'arriver?, fit ce dernier en retirant son manteau. Est-ce que ça veut dire que j'ai le droit à un bon souper ce soir? Tu tombes bien, un peu plus pis j'allais appeler Jérôme en pleurant, j'suis tellement écoeuré des pâtes pis des toasts, tu veux pas savoir.
- Tu devrais apprendre à diversifier ton menu, commenta Jean.
- Yeah I know, mais j'suis busy-busy-busy and what is food quand t'as un salon de tatouage à essayer de faire survivre.

Jean sourit sans répondre. Il regarda Ethan s'affairer un peu partout, déposer son sac et jeter son manteau sur les crochets prévus à cet effet, jusqu'à ce que celui-ci se retournât vers lui, l'air curieux.

- Ça va? Tu es bizarrement silencieux. Et tranquille. T'as eu une shit avec Jérôme?

Glissant une main distraite dans ses cheveux, Jean haussa les épaules.

- Nan, tout est top. Désolé d'être entré à l'improviste d'ailleurs. Je passais dans le coin et je me suis dit que j'allais t'attendre pour le diner.
- Yess, lança Ethan. Y'a pas de problème, tu peux venir quand tu veux, j'te l'ai dit, ajouta-t-il et l'expression de son visage s'allégea d'une teinte plus douce.

Jean le considéra du regard, la figure lisse, puis s'approcha de lui en trois longues enjambées. Ethan redressa la tête, ses yeux larges brillant d'une envie à peine dissimulée. Il ne portait qu'un mince t-shirt et ses bras nus étaient parcourus de frissons. Déposant une main sur sa taille, Jean glissa l'autre jusqu'à sa paume, où il entremêla ses doigts avec ceux d'Ethan.

Il l'imaginait assis sur son fauteuil dans son pull noir délavé par le temps.

Jean ramena leurs mains jointes à la hauteur de ses yeux, baisa celle d'Ethan avec un sourire qui s'échappa du coin de sa bouche.

Il l'imaginait la nuque courbée sous la concentration, le visage pincé d'effort, trop submergé pour noter les mèches sombres qui lui tombaient devant les yeux.

Ethan s'étira et effleura ses lèvres des siennes. Délicat comme il ne l'était habituellement pas, silencieux comme on le voyait peu.

Il l'imaginait, ce coeur saigné par le plomb.
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MessageSujet: Re: TO JAY, WITH LOVE    TO JAY, WITH LOVE  Icon_minitimeDim 5 Jan 2014 - 19:11

PROMPT SPÉCIAL DE L'UA OÙ KYLE GARDE LA PETITE DE JÉRÔME ET BETH ET L'AMÈNE À LA FÊTE FORAINE OÙ ADAM TRAVAILLE COMME GARDIEN DE SÉCURITÉ.

-

En guise de première journée de gardiennage, on pouvait définitivement faire mieux.

Taraudé par le désespoir, Kyle courait parmi la foule joyeuse à la recherche de la petite touffe de cheveux noirs qu’il avait perdue de vue depuis voilà dix longues minutes. En plein samedi matin, la fête foraine était bruyante et compacte de gens, aveuglante de couleurs éclatantes et d’odeurs de sucre, de sueur et de poussière. Kyle, en bon imbécile fini, avait détourné les yeux pour deux minces secondes, le temps de récolter l’éléphant rose que l’employé du stand lui tendait, deux minuscules secondes pour attraper le prix qu’elle avait réclamé avec tant d’insistance, et elle avait disparu lorsqu’il avait reposé le regard dans sa direction. Il avait crié, interrogé les gens possiblement témoins, avait dérapé un peu partout autour et avait même manqué de s’engueuler avec un père de famille qu’il avait bousculé par erreur avec trop de vigueur. Il ne l’avait pas retrouvée; l’enfant était et restait toujours disparue.

Jérôme et Beth allaient le tuer.

(Et il allait le mériter.)

Agitant l’éléphant rose d’une main, Kyle hurlait périodiquement son nom tout en piétinant à droite et à gauche. Il était retourné à son point de départ. À dire vrai, il ne voulait pas s’en éloigner plus que nécessaire, car il s’agissait de sa meilleure chance. Si elle se retrouvait et qu’elle revenait sur ses pas, Kyle devait impérativement être assez proche pour l’apercevoir.

Un agent de sécurité s’arrêta entre deux stands adjacents et Kyle faillit sauter hors de ses chaussures en se précipitant vers lui. Sur le coup de la première vague de panique, il n’avait pas songé à en chercher un. Il avait été trop occupé à fouiller pour ce qui n’était déjà plus là. Il interpela l’homme et ses mots se déversèrent hors de sa bouche en un flot terrifié.

- H-hello, je cherche une petite fille. Je l’ai perdue près de ce stand il y a environ dix ou quinze minutes, je l’ai cherché comme un fou et je ne la trouve nulle part. Je ne la trouve nulle part. Elle porte une robe verte pâle, et-et elle a des cheveux noirs frisés et deux couettes a-avec des élastiques jaunes, et la peau…
- Monsieur, l’interrompit l’agent sur un ton ferme, mais alerte. Monsieur, calmez-vous. Il faut vous calmer. Respirez. J’ai besoin du plus d’informations que vous pouvez me donner si vous voulez qu’on vous aide de notre mieux. Alors prenez quelques secondes pour vous calmer.

Alors que Kyle hochait la tête, prêt à ralentir le train de ses pensées, l’agent lança un bref appel dans son émetteur radio.

- Donc, si je comprends bien, reprit ensuite l’homme en voyant Kyle prendre une profonde inspiration. Vous avez perdu votre petite fille près de ce stand?
- Celui-là. Ça doit faire maintenant plus de quinze minutes.
- J’ai besoin de son nom, son âge et d’une description physique.
- Elle… Elle s’appelle…

L’émetteur craquela et une voix robotisée s’en éleva. L’agent échangea quelques paroles avec un collègue, puis reporta un regard curieux sur Kyle.

- Une robe vert pâle vous disiez?
- Oui. E-et deux couettes frisées, des cheveux noirs et des élastiques jaunes et… Vous l’avez trouvée? Oh mon dieu, vous l’avez vraiment trouvée?
- Adam, est-ce qu’elle a les cheveux frisés et deux couettes avec des élastiques jaunes? Environ…?
- Elle a quatre ans, fit Kyle qui sentait une toute nouvelle tension lui remonter le long des muscles. S’il avait été dans un marathon, il aurait battu tous les putains de records.
- Ça ressemble à ça, confirma l’agent après avoir conversé encore avec l’émetteur crachotant. Dernière chose : son nom?
- C’est Annabelle.
- Parfait, sourit l’homme. Vous êtes chanceux, monsieur, que votre petite fille ait si vite trouvé mon collègue. Allez venez, je vous y conduis.
Kyle se retint de pousser un cri tribal de joie ou de brandir son poing en l’air en signe de victoire. Il avait une brusque envie de danser ou de courir ou de tourbillonner en rond, mais plus encore, de revoir Annabelle pour la serrer en pleurant de joie.

L’agent le trimballa jusqu’à un stand de barbe à papa, à peine quelques centaines de mètres plus loin. La fillette était assise sur le rebord de pierre d’un jardin de fleurs, en train de manger de la barbe à papa avec un peu trop de contentement pour une jeune fille qui avait été la source d’une aussi violente panique.

- Annabelle!, s’écria Kyle en s’élançant vers elle.

La fillette poussa un cri joyeux et le rencontra au milieu en bondissant dans ses bras. Elle éclata d’un rire sonore lorsque Kyle la souleva de sol et la fit tournoyer, épris d’un inconditionnel soulagement. Elle était là, en parfaite santé, pas le moins du monde perturbée par le fait de s’être perdue. Que c’était bon de pouvoir à nouveau respirer librement.
Kyle ralentit et la reposa doucement sur le sol. Il s’agenouilla à son niveau, la prit par les épaules pour s’assurer qu’elle ne puisse détourner son attention de lui à l’instant.

- Kyle! Kyle!, s’exclama la fillette. Regarde! Le monsieur, y m’a donné de la barbe à papa!
- C’est beau, Annabelle, mais là, tu dois m’écouter, d’accord?, dit-il fermement. Je ne veux plus que tu t’éloignes comme ça de moi, c’est compris? Quand je ne te vois plus, ça me fait très peur, tu comprends? Alors, tu restes tout près. Tu me préviens, tu me le dis quand tu veux aller quelque part. C’est okay? Comme avec ton papa et ta maman.

Ses grands yeux bruns écarquillés, Annabelle hocha la tête, une petite moue coupable fichée sur ses lèvres.

- C’est compris, Annabelle?, insista Kyle. Toujours près de moi, okay?
- Okay, répéta la fillette en baissant le regard.

Kyle expira de soulagement. Il la serra brièvement dans ses bras et se remit sur pieds. Annabelle était une enfant impulsive et Kyle aurait dû mieux prévenir le coup; il en voulait plus à lui-même qu’à quiconque d’autre. Il avait été incroyablement chanceux de l’avoir si vite retrouvée. Kyle remercia l’agent qui l’avait conduit jusqu’à elle, puis chercha du regard le second, celui qui l’avait accueillie et qui lui avait même acheté une barbe à papa. Après tout, son geste avait probablement contribué à garder Annabelle calme et en place. Ce n’était pas grand-chose, mais s’il pouvait au moins lui refiler le change pour sa peine…

- Ah, alors, c’est vous le papa désespéré?

Il était assis sur le pourtour du jardin de fleurs, à distance raisonnable du point où Annabelle s’était tenue. Trop obnubilé par les retrouvailles Kyle n’avait pas du tout noté sa présence. C’était un homme dans la mi- vingtaine, le genre beau gosse de films hollywoodiens, qui lui souriait avec sympathie. À en voir l’uniforme, il était indubitablement le second agent, même s’il avait davantage l’air d’appartenir à une plage de Miami plutôt qu’à la sécurité d’une fête foraine du Québec.

- Et c’est vous, celui qui a retrouvé Annabelle?
- C’est plutôt la fillette qui m’a trouvé, précisa l’agent avec un regard chaleureux pour la concernée qui mâchouillait de nouveau sa barbe à papa.
- Je vous en remercie infiniment, soupira Kyle en lui tendant une main.

L’autre homme se remit sur pieds pour l’attraper; il était plus grand que prévu, tout particulièrement par rapport à Kyle qui devait alors lever la tête pour le fixer.

- Y’a pas de quoi. C’est mon travail, après tout.

Sa main était large et chaude, sa poigne solide. Kyle retira la tienne et par réflexe, ses yeux s’égarèrent sur le réseau de veines qui parcouraient ses bras, sur la définition impressionnante de ses muscles. Le type était plus baraqué que Jérôme, il devait s’entrainer avec une nette assiduité.

- Je vous jure, je commençais à paniquer totalement, poursuivit Kyle. Vous ne comprenez pas, je crois, à quel point je suis soulagé en ce moment. Alors merci encore. Je vous dirais merci en dix langues différentes si je le pouvais.
- J’ai l’impression d’avoir posé un véritable geste héroïque là, rigola l’agent. C’est pas très bon pour la taille de mon égo. Sérieusement, les honneurs reviennent à votre fille, monsieur.
- Et vous lui avez même acheté de la barbe à papa.
- Ah ça… C’est rien voyons. Je ne voulais pas qu’elle s’éloigne davantage, alors je lui ai donné ça en attendant pour l’occuper. J’espère qu’il n’y a pas de problème d’ailleurs? Sur le coup, je n’ai pas pensé aux objections que pouvaient avoir ses parents.

Kyle se surprit à sourire franchement. Il appréciait la considération que présentait cet inconnu à leur égard. C’était peut-être la routine dans son cas, mais il le faisait avec un naturel plaisant.

- Elle peut manger des friandises, c’est okay. Tant qu’on abuse pas. Mais après tout, elle est en congé avec « son oncle Kyle », alors on en profite toujours un peu plus, ajouta-t-il avec un rire léger.

S’approchant d’Annabelle, il repêcha l’éléphant rose qu’il avait laissé tomber au sol et s’assit à ses côtés. Concentrée à dévorer sa barbe à papa, elle ne le remarqua pas immédiatement. Kyle continuait à se sentir profondément soulagé et n’avait pas le cœur encore à lui retirer son plaisir. Il savait qu’elle ne devait pas se goinfrer avant même de diner, cependant Kyle avait toujours été trop conciliant avec Annabelle. Il poussa un soupir qui se transforma en un genre d’hoquet rieur, réalisant seulement que l’agent était toujours présent. Le premier était parti depuis longtemps, mais le second continuait de le fixer avec un air interrogatif.

- Oncle? Je croyais que c’était votre fille?
- Aaah, fit Kyle, sans trop savoir pourquoi il se sentait embarrassé. Non, enfin, c’est la fille d’un couple d’amis. Ils sont partis en voyage pour une fin de semaine. C’est pas la première fois que je la garde, mais c’est la première fois que c’est pour une aussi longue période de temps, précisa-t-il avant de passer vigoureusement ses mains sur son visage. Merde, je sais pas ce que j’aurais fait si…
- Hey, elle est là et elle va bien, n’est-ce pas?

Pris par surprise, Kyle redressa la tête. L’homme lui souriait avec une étrange douceur au coin de ses lèvres.

- C’était un accident. À vous voir, je suis plutôt certain que vous n’avez pas fait exprès de la perdre, dit-il, le ton entendu.
- Non, c’est sûr, répondit Kyle. Quand même, il faut le faire. Je sais pas comment je vais annoncer ça à ses parents. Vous imaginez? Ils vont vouloir me battre. Et je vais les comprendre.

L’agent rit en s’asseyant à son tour sur le rebord de pierre. Il s’avança pour appuyer ses coudes sur ses genoux, la tête tournée vers Kyle et les mains jointes en signe d’attention. Un sourire incertain monta aux lèvres de Kyle, une pression particulière dans le creux de sa poitrine. Est-ce qu’il avait le droit de faire ça? S’assoir avec un « client » et bavarder sur ses heures de travail? Il faillit le lui demander, mais préféra retenir la question. Après tout, il ne voulait pas non plus donner l’impression de le chasser loin d’eux. De plus, si Kyle devait être honnête, c’était agréable d’avoir quelqu’un pour évacuer le reste de son affolement, pour discuter le temps de voir la poussière retomber complètement. Il doutait que cela fît partie du travail de l’agent, quoi « conseiller en relations sociales » ou quelque chose du genre, mais Kyle n’allait pas dire non à un pareil intérêt.

- Je ne vous envie pas là-dessus, c’est clair, avoua l’agent. Mais si vous voulez mon avis… Nan en fait, vous ne le voulez sûrement pas vu qu’on ne se connait pas du tout.
- Mais si, lâcha Kyle, son sourire s’agrandissant. Allez, ça m’intéresse. J’suis sûr que vous avez plus de compétences que moi pour dealer avec des parents affolés.
- Comme vous?, répliqua-t-il du tac-o-tac d’un air taquin.

Avec un mince rire, Kyle hocha la tête.

- J’imagine, ouais. Je devais avoir l’air fou, pardon.
- Pas vraiment. Vous aviez l’air sur le bord des larmes. J’ai vraiment cru pendant une seconde que vous alliez vous mettre à pleurer. Vous devez être vraiment proches, commenta doucement l’homme.

Baissant les yeux, Kyle observa Annabelle qui léchait ses doigts avec délice. Elle balançait ses jambes et faisaient glisser ses pieds sur le sol, et de petits nuages de poussière s’élevaient autour d’elle. Il ne voulait pas détacher son regard trop longtemps d’elle, après la petite escapade qu’elle venait de lui faire subir.

- Je l’aime beaucoup, répondit-il tout bas. Et je connais ses parents depuis une éternité. Amis de secondaire.
- Ah. Je vois. Ça explique tout.

Il y avait un certain éclat dans le regard de cet inconnu, une attention franche dans son visage, une taquinerie précise dans la courbe de sa bouche. L’homme avait une allure comme on en voyait peu et Kyle avait l’impression de jongler avec des braises fumantes. Il ne savait pas exactement pourquoi c’était l’image qui lui était venue à l’esprit, mais il la trouvait étrangement appropriée.

- Peut-être. Et votre idée, c’était quoi?
- De dire la vérité, fit simplement l’agent d’un haussement d’épaules. Décevant pas vrai? Je pense que ça ne vaut pas la peine de mentir. Vaut mieux leur raconter l’histoire telle quelle. Elle s’est bien terminée après tout, donc il ne devrait pas y avoir trop de mal.
- Quelle sagesse. J’en connais une coupe qui ne m’aurait pas duuu touuut dit la même chose, répliqua Kyle.
- On a des fréquentations douteuses? Est-ce que je dois arrêter des gens?
- Non, enfin, pas encore en tout cas. Si jamais c’est le cas, je vous lancerai un coup de fil.
- Vraiment?, avança l’agent.

Kyle s’arrêta une seconde sur l’implication de sa déclaration. C’était une seconde chose à laquelle il n’aurait pas dit non. L’envie d’insister le taraudait, l’affirmative lui pesait sur le bout de sa langue, toutefois il s’arrêta avant d’échapper quelque chose qu’il aurait par la suite regretté. C’était trop franc. Le sous-entendu n’était peut-être pas vraiment là et il ne s’agissait peut-être que de stupides idées hallucinées. Comment pouvait-il savoir, il ne connaissait même pas son nom. Un sourire embarrassé au visage, Kyle se reprit sur un ton évasif :

- Bah, façon de parler. On sait jamais quand ça peut être utile de pouvoir arrêter des gens sur demande?

Lorsque Kyle reposa brièvement les yeux sur l’homme, son expression avait changé. Même dénué de sourire, il avait les sourcils légèrement arqués comme par un résidu d’amusement. Il fixait l’asphalte, pensif.

- Je ne peux pas vraiment arrêter des gens, déclara-t-il après un bref instant. C’était une blague.

Ne trouvant rien à répondre, Kyle sourit à nouveau, maladroit. S’il s’y attardait trop, la vision de cet homme promettait de le rendre impatient. Il ne pouvait rester assis à remuer des si et des mais, à se balancer sur le bout d’une falaise comme s’il y avait la fin du monde en-dessous. Il n’avait plus seize ans, mais il continuait de se comporter comme tel, c’était horrible.

Kyle passa une main dans ses cheveux, les saccageant encore plus qu’ils ne l’étaient déjà, puis bondit sur ses pieds. Annabelle lui adressa un air curieux.

- Bon allez Bella, on se lève! On a encore pas mal de trucs à faire, pas vrai? Je ne veux pas vous déranger plus longtemps, ajouta-t-il à l’égard de l’agent. Vous avez déjà fait beaucoup, merci encore.

L’homme retrouva son sourire avenant alors qu’il se redressait à son tour. Kyle n’eut pas le cœur de ne pas le regarder. Aussi, Annabelle fit comme lui et fixa l’agent avec une hésitation soutenue, comme si elle se demandait s’il s’agissait de leur nouveau compagnon pour la journée. Pas encore, pensa Kyle, avant de s’adresser un roulement d’yeux imaginaire. Il avait décidé de lui-même de ne rien dire de plus et le voilà qui s’enfonçait.

- Tiens, tu veux pas qu’on échange ton sac de barbe à papa contre mon toutou?, suggéra Kyle à Annabelle, au lieu de s’auto-flageller davantage.

Il venait de se remémorer qu’il tenait toujours ce truc en main. La petite souhaitait tant l’obtenir une demi-heure plus tôt, ça ne pouvait pas être un mauvais deal. En le remarquant, Annabelle lança un cri de joie et le sac de barbe à papa tomba au sol, oublié. Kyle dut la stopper avant qu’elle ne l’agrippât, car il voyait venir de loin ses mains tachées de sucre bleu et de salive.

- Attends un peu Annabelle, fit Kyle en riant. Regarde tes mains, elles sont pleines de sucre. Tu voudrais pas barbouiller ton nouveau toutou, pas vrai?
- Non, je veux mon toutou, je veux, donne!
- Une seconde, Annabelle, okay? On va nettoyer ça avant.

Kyle relâcha la fillette lorsqu’elle accepta de tenir en place le temps qu’il fouillât dans son sac. Il en tira des lingettes humides et essuya délicatement ses mains avec. Puis, il lui tendit son animal en peluche qu’elle accueillit à bras ouverts avant d’y enfouir son visage avec délectation.

- Merci pour tout, dit Kyle pour la énième fois à l’agent. Il devait commencer à le trouver franchement ennuyant avec ses remerciements, mais Kyle était on-ne-peut-plus sincère. Je vous laisse le sac si vous le voulez. Après tout, c’est vous qui l’avez payé.
- Non merci, c’est bon. C’était pour elle de toute façon, assura-t-il en lui redonnant la barbe à papa. Et encore une fois, y’a vraiment pas de quoi.

Kyle acquiesça et enfouit le restant de la friandise dans son propre sac à dos. Il allait se pencher vers Annabelle, lorsque la voix de l’agent s’éleva à nouveau.

- Si jamais… vous aviez besoin d’un témoin pour raconter toute l’histoire à ses parents, je me porte volontaire sans problème.
- Un témoin?
- Ou de quelqu’un pour tenir en captivité des salopards dans une fête foraine, je peux faire ça aussi.

Kyle se retourna complètement vers lui, souriant sans comprendre.

- Ah?
- Je suis on call, si ça vous dit.
- On call? Vous voulez dire…

L’agent glissa une main dans la poche de sa chemise et en tira un calepin. Il griffonna rapidement quelque chose, arracha la page pour lui donner. Le coup d’œil que Kyle y jeta fut machinal, aussi la surprise le prit de plein fouet. Sur la feuille, il y avait un numéro de téléphone inscrit en diagonale. Il regarda avec hébétude l’homme qui lui faisait face, véritable gravure de mode, l’image parfaite de l’impossible amour d’été.

- Que… Vraiment?
- Vraiment. Si tu es intéressé. Tu permets que je te tutoie? Ce serait un peu étrange sinon, rigola-t-il alors que Kyle hochait la tête. Okay. Je m’appelle Adam Wainwright en passant. Toujours utile de savoir le nom de l’autre.
- Kyyyyle, est-ce qu’on peut y aller?, intervint Annabelle, plaintivement. J’veux voir le clown.
- Oui, oui, on y va, acquiesça distraitement Kyle qui n’arrivait pas à bouger d’un poil. Dans deux… deux minutes.

Adam le fixait avec une hilarité à peine cachée dans le regard, lui-même toujours planté devant comme s’il n’avait pas plus l’intention de s’éloigner. Il avait un sourire magnifique et Kyle n’avait plus de mots.

- Bon ben, enchanté, Kyyyyle.
- C’est Kyle Greenwood, précisa ce dernier. Enchanté, encore. Désolé, je… je dois…
- C’est bon, je comprends. La miss s’impatiente, il ne faut pas la retenir plus longtemps. De toute façon, je suis sensé être de l’autre côté complètement du parc depuis au moins vingt minutes.
- Ouais okay. Moi aussi, je dois y aller. Merci pour… Ah. Enfin, tu sais.

Son sourire s’échappait hors de sa nervosité et il avait une étrange envie de rire. Ses joues lui chauffaient; elles étaient probablement roses et ridicules comme elles avaient l’habitude de le faire malgré lui. Kyle se frotta la tête, puis attrapa la main d’Annabelle et commença à marcher de reculons. Il devait se forcer à décoller.

- Ça… ne sera pas très long avant que je trouve quelqu’un à faire enfermer, annonça-t-il, ayant l’impression que sa voix était une bulle dans sa gorge, une bulle qui menaçait d’éclater d’espoir.
- Tant mieux. Je vais me garder alerte, dans ce cas.
- C’est ça. Alors heu… à bientôt, Adam.

Mains sur la taille, celui-ci lui adressa un clin d’œil. Il resta là à le regarder s’éloigner et Kyle prit un moment avant de se retourner, ne le fit qu’à l’instant où il faillit foncer dans une dame. Il entendit le rire d’Adam résonner dans son dos. Un son auquel il pourrait définitivement s’habituer, songea Kyle, le pas léger. Ça faisait un long moment que ça ne lui était pas arrivé. Un long moment qu’il n’avait pas ressenti cette appréhension si particulière, cette lente excitation qui picotait dans tous ses muscles et faisait palpiter le coeur.

Un coup d’oeil vers Annabelle et il sourit affectueusement, se penchant pour la prendre dans ses bras.

- Hey Bella, merci bien, lui souffla-t-il avec un baiser sur le nez.

Elle poussa un gloussement et il rit avec elle, se disant que le weekend s’annonçait plutôt bien finalement.


-


Bonus:

Il était 9h30 lorsque le générique de fin commença à défiler. Kyle se secoua non sans difficulté hors des limbes. Une faible douleur à sa nuque lui faisait regretter de s’être ainsi endormi. Il n’était toutefois pas le seul : à sa droite, Adam dormait la bouche ouverte et entre eux deux, Annabelle était blottie, le visage écrasé contre la taille de Kyle et une jambe se balançant dans le vide. Dans son état encore groggy, le spectacle lui donna un coup au cœur, une bouffée d’amour quasi-étourdissante. Kyle se cala dans le canapé trop moelleux, n’ayant pas le moins du monde envie de se lever. Ses membres engourdis l’incommodaient, mais il ne voulait que les ignorer pour le moment. Encore quelques minutes et il irait border la petite.

Il était sur le point de se rendormir lorsqu’il sentit des doigts chauds se glisser sur sa nuque et remonter dans ses cheveux trop longs. Kyle tourna la tête vers Adam. Celui-ci le regardait avec un sourire paisible, la joue appuyée sur le dossier du canapé. Dans la pénombre de la pièce, le blanc de ses yeux étincelaient presque.

- Hey, souffla Kyle, doucement.
- Hey. Tu veux que j’aille la porter au lit?
- Non, c’est bon, je peux m’en occuper. J’essayais juste de trouver le courage de me lever.
- C’est rare, le taquina Adam. Toi qui as de la misère à rester en place normalement.
- Yeah, ben… Les films de Barbie ont des pouvoirs très particuliers faut croire.
- M’en parle pas, fit-il avec un rictus. De vrais somnifères cinématographiques.

Se soulevant enfin du canapé, Kyle ramassa la petite dans ses bras avec délicatesse pour éviter qu’elle ne se réveillât. Il la trimballa jusqu’à sa chambre, marchant à petits pas dans la noirceur. La veilleuse diffusait une sourde lueur sur le lit de la fillette endormie et Kyle la contempla un instant. Ce fut les pas d’Adam, sa présence qui vint se faufiler contre son dos, qui le rattacha au sol à nouveau. Des mains se glissèrent contre son ventre, débordèrent sous son t-shirt sans intention, simplement pour y reposer.

- Tu en voudrais?, murmura la voix chaude à son oreille.
- Quoi? Des enfants?, glapit Kyle, avant de se mordre la lèvre pour avoir autant élevé le ton. La petite ne bougea pas, elle était définitivement K.O. pour la nuit. Je… j’y ai jamais sérieusement réfléchi? J’en sais rien wow. Tu trouves pas que ça fait peur?
- Ça dépend. Si c’est avec toi, je crois qu’on se débrouillerait plutôt bien.

Kyle rit nerveusement, appuyant sa tête contre l’épaule d’Adam. Lui, avoir des enfants? Contrairement à ce qu’Adam affirmait, il n’était pas sûr d’en être vraiment capable. S’occuper d’Annabelle à l’occasion était une chose; être entièrement responsable de l’existence d’un autre être humain par contre… C’était plus complexe que d’avoir un chien, disons.

- J’aime les enfants, reprit Kyle sur un ton qui pesait ses mots. Je crois… je crois juste ne pas être vraiment prêt à en avoir.
- Je faisais juste poser la question comme ça, t’inquiète pas, le rassura Adam. Ne va pas croire que je te mets de la pression ou quoique ce soit.

Attrapant l’avant-bras d’Adam, Kyle se détacha de lui pour lui faire face. Parfois (souvent), il avait du mal à croire à la chance qu’il avait d’être tombé sur lui entre tous. Il déposa un baiser léger sur ses lèvres, puis un second, comme pour confirmer il ne savait quoi.

- On devrait… sortir d’ici avant de la réveiller.
- Bonne idée, opina Adam en l’embrassant sur le dessus de sa tête.

Étouffant son sourire contre le torse de l’autre, Kyle le fit marcher de reculons jusqu’au salon. À mi-chemin, Adam l’attrapa par la taille et le balança sur le canapé sans prévenir. Il grimpa au-dessus de lui, puis glissa ses mains de chaque côté de la tête de Kyle, un rictus suggestif en coin. Le téléviseur jouait toujours et la musique du DVD continuait de résonner faiblement dans la pièce, mais tous deux n’y prêtèrent aucune attention.

- On ne peut pas faire ça là là, rit Kyle. Jérôme nous assassinerait.
- Leur tout nouveau canapé, se moqua Adam. Il pleurerait peut-être, c’est vrai. Personnellement, j’aurais plus peur de réveiller la petite. T’sais, t’es tellement bruyant.

Kyle lui donna un faux coup de tête. Mensonge, Adam se foutait de sa gueule, c’était lui qui était généralement le plus bruyant des deux. En guise de réplique, le concerné frotta une fois son bassin contre le bas-ventre de Kyle, simplement pour voir le visage de celui-ci changer.

- Faut que je te le prouve encore rendus à la maison?, ajouta Adam, sachant parfaitement l’effet qu’il était en train de causer. De la provocation comme il aimait tant en faire.
- Si tu veux le prendre comme un défi, j’te retiens pas, répondit Kyle.

Ses doigts agrippèrent le t-shirt d’Adam et il le força à descendre vers lui pour attraper ses lèvres. Enfoncé dans le canapé, la chaleur de son petit ami partout autour, Kyle se plongea dans son lourd et lent baiser.

- Aah, soupira Adam lorsqu’ils se séparèrent. J’ai soudainement très hâte de rentrer.
- Yeah, acquiesça Kyle, tout contre sa bouche. Moi aussi.

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